Situés à quelques 450 km au sud de Lima la capitale du Pérou dans la plaine côtière aride de ce pays, les géoglyphes de Nasca constituent encore aujourd'hui un sujet d'étude fertile pour les archéologues. Par géoglyphes il faut entendre des dessins gigantesques, parfois de plusieurs centaines de mètres de long, tracés ici dans le désert péruvien. Ils furent dessinés en déplaçant la couche superficielle de gravier et de pierres de cette plaine aride, laissant apparaître ainsi la couche inférieure nettement plus claire. Ce qui est surprenant c'est qu'avec leurs dimensions colossales, ces lignes, dessins animaliers et figures géométriques ne peuvent être appréciés que du ciel et de ce fait n'ont été "découverts" qu'en 1941 par Paul Kosok avec l'aide des forces aériennes péruviennes.

Trois civilisations se sont succédées dans ce désert à commencer par les Chavins (500 à 300 AVJC), qui dessinaient des silhouettes en empilant des pierres. Les Paracas (400 à 200 AVJC), développèrent des qualités artistiques évidentes mais ce fut le peuple Nasca (200 AVJC - 500 APJC) qui créa la majorité des géoglyphes visibles dans la région et qui se comptent aujourd'hui à plus de 350. Ce peuple extrêmement religieux et gouverné par les prêtres se caractérise par la très grande qualité de son artisanat, poteries, tapisseries et tissages. Ce peuple aux abords de la plaine fertile accostée à la rivière passant aux limites du désert, construisit de nombreux monuments religieux (pyramides, temples, sépultures) et dessina visiblement dans un but également spirituels ces innombrables dessins.

On trouve de très nombreux styles de géoglyphes différents. Le premier groupe comporte plus de 70 figures figuratives et schématiques reproduisant des formes naturelles, animales ou végétales. Un singe de 55 mètres de long, une araignée de 46 m, un oiseau de 280 m, un colibri de 50 m sur le plateau d'une colline, une baleine de plus de 60 m de long et le plus grand de tous, un flamand rose de 285 m de long ! D'autres dessins représentent des arbres, des fleurs, des mains. On ne trouve que très peu de figures anthropomorphiques et la plus célèbre dessinée sur le flanc d'une petite colline est surnommée l'astronaute en raison de la tête circulaire du personnage humain représenté.

Le second groupe est constitué de figures géométriques. Triangles, trapèzes, spirales et lignes dont certaines font plusieurs kilomètres de long et sont de véritables pistes ayant pu servir au guidage des personnes cheminant dans cette partie du désert. Les scientifiques se sont longtemps penchés sur la signification de ces géoglyphes et hormis la symbolique religieuse pure, une théorie est en faveur d'une fonction rituelle liée à l'astronomie.

En 1994, l'Unesco a classé cette zone au patrimoine mondial de l'humanité mais elle est difficilement administrable et sensible aux dégradations. Le moindre véhicule circulant en dehors de la route (qui a elle même coupé en deux de nombreux dessins) détruit irrémédiablement certains géoglyphes mais heureusement le tourisme "de masse" ne touche pas la portion protégée du désert. En effet, vu l'étendu de la zone, le nombre de dessins (350 dont une vingtaine de principaux) ce n'est pas par la route, en voiture, ou encore moins à pied que ce spectacle impressionnant s'apprécie. C'est par les airs qu'il s'offre. Un petit aérodrome est situé dans la ville de Nasca, à quelques kilomètres du désert, et de nombreux avions de 5 ou 6 places sont à dispositions des touristes pour un prix accessible (35 euros les 30 minutes de vol). Alors c'est à bord de l'un de ces petits Cessna que nous avons pu survoler la zone, découvrir ces dessins fascinants et intrigants et nous faire une idée de la puissance de la culture Nasca qui régnait dans ce désert il y a 2000 ans. C'est un spectacle unique qui une fois encore renforce en nous l'idée que l'homme peut s'adapter à tous les milieux, même les plus hostiles et faire preuve de qualités créatrices surprenantes. De passage au Pérou, offrez-vous ces quelques minutes de vol qui ne feront que donner un aperçu complémentaire de la richesse historique, culturelle et archéologique de ce pays.