Kia Ora ! Bonjour et bienvenue, exprimé en Maori, la langue traditionnelle de la Nouvelle Zélande. Au centre de l'île du Nord se trouve une région volcanique, montagneuse et parsemée de lacs : le Parc National de Tongariro. Il faut remonter dans l'histoire de l'île pour comprendre l'importance de ce parc. En 1840, Mananui To Heuheu, chef suprême des Ngati Tuwharetoa (tribus Maori), refuse de signer le traité de Waitangi et de se soumettre à la volonté de la couronne Britannique. Son fils, Te Heuheu Tukino, héritier de la situation lors du décès de son père en 1846, subit de très forte pression de la part des colons et dans un effort diplomatique afin de ménager son territoire, offre ces terres centrales de l'île à la couronne tel un cadeau en 1887, et ce en accord avec les chefs Tuwharetos. Ce cadeau était de 2640 hectares, trois petits cercles entourant les sommets principaux, et devint "le lieu tabou de la couronne, lieu sacré sous la responsabilité de la reine". Trop petits pour être gérés efficacement, la couronne acheta progressivement les terres aux alentours et en 1894 la zone couvrait 25 000 hectares. Aujourd'hui le parc en couvre 74 000 et en 1993, Tongariro a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial au titre du critère culturel concernant des paysages culturels.

Dans la mythologie maorie, les montagnes d'Aotearoa (le nom maori de la Nouvelle Zélande) sont les premières créations de Papatuanuku (mère-terre) et de Ranginui (père-ciel), tandis que les hommes en sont les dernières. Une récit épique très célèbre dépeint comment Ngatoroirangi, (prêtre, explorateur, navigateur du canoë Arawa et ancêtre légendaire des Ngati Tuwharetoa) gravit lors d'un premier voyage le mont Tauhara d'où il aperçut le mont Tongariro qu'il décida de gravir également pour l'offrir à son peuple. Il atteint le sommet épuisé et transit de froid et demanda de l'aide à ses ancêtres et à ses soeurs de Hawaiki. Sur sa requête et avec l'aide des dieux du feu Pupu et Te Hoata, elles lui envoyèrent depuis Hawaiki le feu promis pour qu'il survive. Mares de boue, geysers, puits de vapeur et torrents d'eau brûlante parcourent Aotearoa depuis les volcans de Tongariro et Ngauruhoe jusqu'a la Baie de Plenty où les premiers colons avaient débarqué. Pour les Ngati Tuwharetoa Iwi, ce paysage vivant est doté de sa propre force de vie (mauri) et avec ses volcans éteints ou en activité, ses lacs d'eau thermale, il est un lien généalogique direct entre Hawaiki, terre d'origine des Ngati Tuwharetoa et la Baie de Plenty, leur point d'arrivée sur Aotearoa.

Géologiquement les volcans du parc sont classés en deux groupes. Le groupe Nord composé de Kakaramea, Tihia et Pihanga sont inactifs depuis 20 à 230 000 ans. Le groupe Sud avec les volcans Ngauruhoe et Ruapehu et le complexe du Tongariro présente des traces d'activité plus récentes (cônes, puits d'explosion, cratères, coulées de lave etc.) se mêlant à de plus anciennes. L'écosystème du parc est très varié; on y trouve de la forêt humide jusqu'à une altitude de 1000 m, une brousse et des touffes herbeuses jusqu'à 1500 mètres puis au delà de cette altitude le paysage est principalement dominé par les champs de pierres. La faune est éparse ayant souffert des espèces introduites sur l'île mais on notera que le kiwi (oiseau ne pouvant pas voler, symbolique et endémique de Nouvelle Zélande) peut se rencontrer avec de la chance, de la patience et à la faveur de la nuit dû son activité principalement nocturne. On notera que seulement 3 % du parc sont en domaine skiable et grâce à une gestion bienveillante globale l'intégrité et la conservation du parc semble assurées et les quelques 800 000 visiteurs qui le visitent chaque année l'apprécient, soit à la faveur du ski où de la randonnée.

Dans notre cas cela se fera en marchant car le jour où nous arrivons dans le village de National Park (cela ne s'invente pas, après tout ce village est situé juste aux abords du parc national), nous sommes le dernier dimanche d'octobre et c'est là le dernier jour de la saison de ski Néo-Zélandaise ! Le lendemain nous partons pour la randonnée type à effectuer dans ce parc qui dure une journée entière. Cette marche qui demande entre 6 à 8 heures d'efforts est particulièrement bien organisée. Départ à 7 heures du matin du village National Park, une navette nous conduit à 20 kilomètres environ à Mangatepopo avec une douzaine d'autre randonneurs et le retour est prévu à 16h15 à Keteahi Road, à 17 km au nord-est du point de départ, la navette vous raccompagnant alors au village. Il ne reste plus qu'à marcher entre les deux points et à gravir quelques 800 mètres de dénivelé qui guideront nos pas entre le Mont Tongariro et le Mont Ngauruhoe. Et marcher sur les traces de Frodon, Sam et Gollum dans les Terres du Mordor est une expérience extraordinaire.... Frodon, Sam, Gollum, le Modor ? Oui vous avez bien lu et cela évoque directement le Seigneurs de Anneaux n'est ce pas ? Et plus précisément la version cinématographique de Peter Jackson tournée intégralement en Nouvelle Zélande. En effet pour l'anecdote, la quête de Frodon à travers le Mordor, terre du Seigneur du Mal, Sauron, a été tourné sur les pentes de ces montagnes et le parc National de Tongariro a servit de décor naturel aux prises de vues (souvent modifié par effets spéciaux pour les besoins du film il faut préciser). Ainsi par exemple et parmi les nombreux emplacements de tournage, le Mont Ngauruhoe apparaît tel le Mont Doom dans le film.

Donc en route sur le Tongariro Crossing ! Et il faut avouer que cette randonnée est sûrement une des plus belles si ce n'est la plus belle que nous ayons jamais faite ! Le jugement peut paraître excessif mais les paysages sont à couper le souffle, et les efforts dispensés à gravir les pentes caillouteuses des volcans sont largement récompensés par les panoramas. Une première étape d'une heure et demi à suivre une rivière nous mène à Soda Springs au pied de la montée principale. De là l'effort du jour est à fournir pendant une petite heure pour accéder au bout de 300 mètres de dénivelé raide à South Crater et comme son nom l'indique en anglais, nous nous promenons alors dans un cratère d'un kilomètre et demi de diamètre avec le Tongariro enneigé à notre gauche et le Ngauruhoe embrumé et également partiellement encore enneigé à notre droite.

Un spectacle grandiose surtout que la traversée du cratère se fait sur une terre absolument plane et désolée entourée par ces monts imposants. Et devant nous, les pentes qui mènent au point le plus haut de la randonnée encore caché par le brouillard, de nombreuses plaques de neiges contrastent avec les anciennes coulées de lave éparses. Au sommet de Red Crater vers 1900 mètres, au milieu de fumeroles soufrées qui s'échappent d'ici de là, des roches rouge sombre se détachent du brouillard qui se disperse pour notre plaisir tel un lever de rideau sur le spectacle de la nature. Et la descente qui suivra se fait sur des pierriers jaunis par les émanations de soufre avec en point de mire un chapelet de petits lacs de montagne aux couleurs turquoise et émeraude ! Une vraie magie qui se poursuit jusqu'à la fin de la randonnée quand repassant sous les 1000 mètres d'altitude, nos pas nous guident pour les dernières heures de marche à travers les pentes herbeuses puis la forêt dense, sillonnée de rivières et de petites cascades ! Une journée entière de randonnée qui laissera certes des traces dans nos mollets fatigués mais plus encore dans nos esprits tant la beauté du paysage est magique...

Léonard Cockayne, fasciné par la beauté de la région du Tongariro écrivait en 1907 dans sont rapport qu' "un tel parc se devrait d'être l'une des possessions les plus précieuses de la Nouvelle-Zélande". Et aujourd'hui grâce la très bonne conservation du Parc National de Tongariro nul doute que son appel a été largement entendu !