Dans l'article précédent nous parlions du Bouddhisme de Java et du temple de Borobudur construit au IXème siècle. Quand ce dernier tombait dans l'oubli, une nouvelle religion prenait le dessus dans l'île, le Shivaïsme. Le complexe Hindouiste de Prambanan, situé à 17 kilomètres à l'est de Yogyakarta voyait alors le jour entre le IXème et le XIème siècle, sans que l'on soit toutefois encore aujourd'hui certain des dates précises, les noms des rois bâtisseurs restant également emprunts de mystère. Bienvenu dans un monde de divinités complexes aux multiples formes, noms, apparences etc... Comme pour une pièce de théâtre nous allons vous présenter les acteurs principaux et leur rôle respectif avant de planter le décors. On respire à fond et pour le néophyte en Hindouisme on se concentre... Rassurez vous, nous même nous avons fini par y comprendre quelque chose même si dans l'exercice du jour nous ne faisons qu'effleurer cette religion et ses dieux.

Shiva, donc, dieu principal ici à Prambanan, représente le pouvoir de destruction des ennemis et chevauche accessoirement Nandi le taureau. Son épouse Shakti est représentée ici sous sa forme la plus guerrière nommée Durga. Une autre de ses nombreuses formes est appelée Parvatî, déesse de la procréation et de la destruction. Avec Shiva, ils ont un fils, Ganesh, dieu à tête d'éléphant dont la sagesse aide à lever les obstacles. Shiva possède lui même de multiples formes dont Shiva Mahaguru, le sage à tête de Chinois. Est présent également Brahma, le dieu à quatre têtes, qui concilie Shiva et Vishnu. Ce dernier, est le dieu de la force centripète qui concilie les éléments et de son nombril est né... Brahma. Si cela semble confus... relisez.

Voilà ! Vous avez maintenant au prix d'un petit effort de concentration et à la lumière d'une simplification volontaire de notre part les clefs pour suivre la visite guidée de Prambanan. Alors que nous déambulions, guide en main dans l'allée menant aux temples, un couple d'Indonésiens nous aborde. Elle s'appelle Ruri et est étudiante en géographie à l'Université et une validation de son module d'Anglais veut qu'elle passe un mois ici à Prambanan à guider bénévolement des visiteurs dans l'enceinte pour pratiquer la langue de Shakespeare ! Son ami Cahyo, étudiant en économie est au même régime et cette aide est providentielle pour nous aider à nous repérer dans les méandres de l'Hindouisme et de Prambanan.

Cet ensemble Shivaïte est constitué d'un temple central, le Candi Lara Jonggrang entouré de huit sanctuaires dans l'enceinte principale et tout autour sont les restes de 224 petits temples. Lara Jonggrang signifie la Fille Svelte et fait directement référence à une statue présente dans le temple principal. Pour compliquer le tout la mythologie populaire se mêle à la religion. Lara Jonggrang était une princesse si belle qu'elle fut demandée en mariage par un géant. Pour éviter ce mariage elle demanda à ce qu'il construise mille statues en une nuit pour lui prouver son amour. Comme il était sur le point de réussir ce qui n'arrangeait pas la Princesse, elle fit allumer un grand feu à l'est et elle réveilla et fit chanter tous les coqs alors qu'une seule statue restait à terminer. Fou de rage devant la tromperie, le géant pétrifia Lara Jonggrang qui devint alors la millième statue. C'est celle de la déesse Durga qui se dresse dans la chambre nord du temple principal, et qui est toujours l'objet de vénération.

Le complexe de Prambanan est dédié à la triade Hindouiste, Shiva, Vishnu et Brahma et est fait de trois carrés concentriques. Le carré les plus grand (222x290m) n'a pas de temples. Le carré du milieu de 110 mètres de coté contient 224 petits temples qui sont arrangés en 4 lignes. La première compte 68 temples, la deuxième 60, la troisième 52 et la quatrième 44. L'arrangement était ainsi fait que les temples les plus petits étaient à l'extérieur et devenaient de plus en plus grands en se rapprochant du centre. Dans le carré central de 34 mètres de coté nous trouvons le temple de Shiva comme élément principal. Ce temple possède quatre salles dans lesquelles on peut voir les statues de divinités vénérées. La plus grande salle avec une statue de Shiva, une autre contient une statue de Ganesh, une autre celle de Durga et enfin la dernière contient une statue de Shiva Mahaguru. Le temple de Vishnu (avec sa statue) est au nord du complexe, celui de Brahma (statue également) est au sud. En face du temple de Shiva, le temple de Nandi avec son imposante sculpture de taureau. Deux autres temples (vides) dédiés aux montures sacrées sont en face des temples de Vishnu et Brahma. Le temple principal construit par le roi possède son propre mur d'enceinte le séparant ainsi des autres temples qui étaient construits pas les gens ordinaires et qui sont globalement de même taille et forme. Le complexe possédait un système d'irrigation qui faisait qu'une rivière passait devant les murs du temple principal accentuant cette séparation.

Si aujourd'hui nous pouvons visiter Prambanan c'est grâce aux restaurations successives et toujours en cours. En effet un tremblement de terre a rasé les édifices peu après leur achèvement et la découverte de l'ensemble date de 1733 alors que les temples étaient en ruine et recouverts par une dense végétation. En 1885 une première mission fut menée pour déblayer le site et regrouper les pierres. Le projet était supervisé par Yzerman, Groneman et Van Erp et le travail continua jusqu'en 1918. Ruri nous précise que sans plans, dessins ou modèles existant du temple avant le tremblement de terre, la reconstruction fut un véritable travail de fourmis et de suppositions basées sur le fait que les temples principaux trouvaient l'inspiration de leurs formes dans les couronnes royales de l'époque. En 1937 commença une restauration sous la supervision entre autres de Bosch, Stuuerheim et Van Ramound qui s'acheva le 20 décembre 1953. Depuis lors les restaurations sont le fruit du gouvernement Indonésien et en 1991 le site a été classé au Patrimoine Mondial par l'Unesco. Le temple de Brahma a commencé à être restauré en 1978 et celui de Vishnu en 1982. Aujourd'hui des échafaudages sont toujours en place et Ruri nous explique encore qu'un des travaux d'entretien quasi quotidien consiste à ôter les mousses qui se développent sur les temples. Elle précise également que 80 % de pierres sont d'origine quand celles qui sont issues de restauration sont facilement reconnaissables car sans gravure et marquées d'un clou planté dans le bloc.

Depuis le début de notre voyage c'est le premier site que nous avons la chance de visiter avec une personne locale qui n'est pas intéressée financièrement à notre présence. Grâce à Ruri et a Cahyo nous avons pu découvrir Prambanan d'une façon extraordinaire. Nous aurons passé presque trois heures en leur compagnie à sillonner les temples de Prambanan mais aussi deux autres temples Bouddhistes qui se trouvent à quelques centaines de mètres de là. Grâce à eux nous avons pu avoir une première approche en douceur de l'Hindouisme, religion complexe mais qui semble passionnante mais surtout leur connaissance des lieux nous aura permis d'apprécier bien mieux que tout seuls l'imposante majesté du complexe Shivaïte de Prambanan.