lundi 8 mai 2006
Tombe de Humayun, Delhi
Par Les Cousins Migrateurs, lundi 8 mai 2006 à 08:35 :: Inde - Tombe de Humayun, Delhi

Nous vous avons déjà présenté l'empereur moghol Akbar, auteur du fort d'Agra, puis son petit-fils Shah Jahan qui nous a offert le splendide Taj Mahal. Cette fois-ci nous remontons dans le temps jusqu'à l'empereur Humayun, dont le règne a précédé celui d'Akbar. Pourquoi sa tombe a-t-elle été classé par l'Unesco (en 1993) sur la liste du Patrimoine Mondial ? Lorsqu'on se figure une tombe, on imagine une pierre, un caveau, un joli petit édifice... Mais depuis que nous avons découvert le Taj Mahal (qui est, rappelons-le, l'immense mausolée construit par Shah Jahan pour sa femme), puis rien ne peut nous étonner. La tombe d'Humayun est un immense bâtiment, qui rappelle d'ailleurs inévitablement le Taj Mahal de par son allure générale, moins sophistiqué toutefois.

En fait, la particularité de cet édifice est d'être la première d'une série de tombes impériales mogholes. Sa construction, qui date de 1570, est innovatrice sous de nombreux aspects et en particulier parce qu'elle est placée dans un jardin funéraire, concept nouveau à l'époque en Inde. Cette "tombe-jardin", tel qu'on en définit le style, a inspiré les tombes impériales suivantes et notamment le célébrissime Taj Mahal. Dans le cas d'Humayun, toutefois, ce fut sa femme qui érigea cette tombe pour lui et non l'inverse.

Les caractéristiques architecturales de ce "style" moghol comprennent un immense socle sur lequel repose l'édifice, couronné d'un dôme elliptique. L'ensemble, de taille gigantesque, présente quatre étages et se compose de briques ; il est habillé de grès rouge et jaune et décoré d'éléments en marbre blanc.

L'Archeological Survey of India, l'organisation responsable de la conservation de 3362 monuments en Inde, semble très fière des travaux de restauration effectués sur la tombe d'Humayun. A l'entrée de l'enceinte, une salle entière présente sur de larges panneaux explicatifs les nombreux efforts déployés pour atteindre le niveau esthétique actuel de l'ensemble, qui, reconnaissons-le, est splendide.

En 2001 le bâtiment a connu plusieurs travaux de restauration d'ampleur : la terrasse, par exemple, était fissurée et a été colmatée afin d'éviter les infiltrations d'eau et de renforcer bien sûr la solidité de l'ensemble. Les parois et autres murs du mausolée, à l'intérieur comme à l'extérieur, ont également fait l'objet d'un travail de restauration soutenu.
C'est toutefois pour rendre à l'immense jardin sa beauté souhaitée à l'époque de sa construction qu'ont été déployés les plus importants projets. L'Archeological Survey of India décrit par les chiffres suivants les travaux menés à bien entre 2001 et 2003 : 3km de canaux ont été réparés, 25000 m2 de chemins et 3,5 km de bordures ont été refaits à neufs, 2500 plantes chéries à l'époque par les moghols ont été ajoutées, un système de drainage a été développé, des puits ont été découverts et déblayés, et enfin un chemin d'accès pour personnes en fauteuil roulant a été créé.

Le résultat obtenu est véritablement impressionnant et fait de la tombe d'Humayun l'un des monuments incontournables d'une visite de Delhi ; même si elle ne surpasse pas, mais comment le pourrait-elle, l'éclatant Taj Mahal situé à Agra et fait de marbre blanc, réel aboutissement de l'art "funéraire" de ces dynasties mogholes successives.
Une petite anecdote maintenant. Les tombes impériales sont relativement nombreuses à Delhi et c'est par erreur (honte sur nous, ce devait être la chaleur...!) que nous avons préalablement visité la tombe de Khana Khana, pensant qu'il s'agissait de celle d'Humayun... Le garde à l'entrée ne nous a fait qu'une réponse bien évasive lorsque nous lui avons demandé s'il s'agissait de la tombe d'Humayun et s'est empressé d'empocher les droits d'entrée. Nous étions bien contents, ceux-ci étaient moins chers qu'à l'ordinaire... Et puis, la fatigue et la température de 40 degrés aidant, nous ne nous sommes pas trop posés de questions et avons entamé notre visite.

Mais cette méprise aura au moins été bénéfique à une chose, découvrir à quoi un édifice peu voire pas entretenu peut ressembler : en effet c'est une tombe en bien piteux état que nous avons découvert là : habitée par de nombreux chiens errants, abris pour les essaims de guêpes, les écureuils, les pigeons et même un aigle (!), bien surpris de voir des touristes dans cet endroit, événement probablement rarissime (il y a pourtant un droit d'entrée et des tickets...!). Une porte de fer ouverte nous a permis de pénétrer dans l'édifice, et en grimpant plusieurs escaliers, non éclairés bien sûr et en mauvais état, nous sommes parvenus dans les étages supérieurs. Plusieurs salles étaient couvertes de graffitis, seuls signes de passages humains dans ce lieu adopté par, nous l'avons déjà dit, une quantité d'animaux sauvages.

Quel contraste avec le site que nous allions visiter une demi-heure plus tard, la tombe d'Humayun, classée par l'Unesco et dorlotée par les organisations indiennes de conservation. Nous ne savons que penser de la différence choquante d'attention à l'égard de deux monuments aux valeurs historiques peut-être pas équivalentes mais toutes deux incontournables. Restons toutefois positifs, le travail de restauration et de conservation dédié à la tombe d'Humayun montre l'aptitude indiscutable des indiens à mettre magnifiquement en valeur certains de leurs nombreux et précieux héritages.

