Chaleur accablante, monuments anciens et divinités hindoues. Cette combinaison reste d'actualité pour ce troisième site du Patrimoine Mondial que nous visitons en Inde. Classé par l'Unesco en 1987, le temple de Brihadisvara se situe à Thanjavur (ou Tanjore), dans l'état du Tamil Nadu au Sud du pays. Arrivés de bon matin par le train de nuit, nous entamons notre visite à une heure raisonnable afin d'éviter au mieux la canicule de mi-journée.

Ce temple reste l'un des témoignages principaux de la période faste de la dynastie Chola, qui régna sur la région de 850 à 1270 après JC. Thanjavur était alors la capitale de cet immense empire qui s'étendait à son apogée sur presque toute la péninsule ainsi que jusqu'aux actuels Sri Lanka, Malaisie et même sur une partie de l'Indonésie. Parmi les monarques qui se succédèrent pendant ces quatre siècles, l'empereur Râja Râja (985-1014) marqua tout particulièrement cette époque. C'est lui qui décida de la construction du temple de Brihadisvara, nommé également temple Râjarâjeshvaram précisément du nom de son auteur. Sept années furent nécessaires pour ériger cet ensemble, qui fut achevé en 1010.

Le temple comporte plusieurs éléments disposés sur une vaste étendue, qui présente sanctuaires, salles et colonnades. L'édifice principal, le vimâna, est une tour de 66 mètres de haut comportant 13 étages et couronnée d'un bloc monolithique de 80 tonnes. Au sommet de cette tour fut posée au dernier jour de la construction la magnifique "coupole" en cuivre, signifiant que le temple était achevé et pouvait entrer en fonction, c'est-à-dire devenir lieu de culte.

Le temple est en effet dédié à Shiva ; nous ne sommes donc pas surpris de découvrir, un peu partout dans l'enceinte du bâtiment, des statues représentant le taureau Nandi, monture sacrée de la divinité. Ce qui sort en revanche de "l'ordinaire" des nombreux temples dédiés à Shiva, c'est la taille gigantesque de l'une de ces statues de Nandi : 6 mètres de long, 3 mètres de haut et 25 tonnes. Taillée dans un seul bloc de pierre, elle trône au coeur de l'immense cour du temple et constitue évidemment l'une des attractions majeures du lieu.

En parcourant les colonnades qui longent les murs d'enceinte, nous découvrons non seulement des lingam (représentation de la création, très fréquente dans les temples dédiés à Shiva : sculpture de forme phallique dressée souvent sur un "yoni", symbole de la vulve) ici au nombre de 250, mais également des peintures qui ornent ces murs. Elles représentent les divinités Vishnou et Shiva et constituent l'une des particularités de Thanjavur. Les spécialistes ne s'accordent pas sur la date d'origine exacte de ce style pictural, dit "de Tanjore". Sa célébrité tient d'une technique utilisée très particulière que très peu de personnes pratiquent encore et toutefois uniquement par soucis de préservation culturelle.

En pénétrant dans le temple de Brihadisvara, nous nous attendions (car en seulement même dix jours passés en Inde nous en avons malheureusement déjà pris l'habitude) à payer un droit d'entrée "spécial touriste" c'est-à-dire 10 à 30 fois supérieur à celui destiné aux Indiens. Nous avons donc été bien surpris en constatant que l'entrée est gratuite et que seule une donation est, certes encouragée, mais par définition non obligatoire. C'est d'ailleurs un éléphant qui "gère ce droit d'entrée" inhabituel : il attrape avec sa trompe la pièce de monnaie qui lui est tendue et adresse en échange une sorte de "bénédiction" au donneur, en lui tapotant le dessus du crâne, toujours avec sa trompe. Difficile de savoir si les locaux prennent au sérieux cette pratique, toujours est-il que l'animal dressé porte des peintures vraisemblablement traditionnelles et que les Indiens ont trouvé là une façon adroite d'accumuler les dons...

En fait l'endroit ne nous a pas vraiment fait l'habituelle impression d'un site touristique. Il s'agit bel et bien d'un lieu de culte et c'est en retirant nos chaussures et en suivant les pas des fidèles que nous avons pénétré par exemple dans le sanctuaire principal (le vimâna), où se déroulaient de traditionnelles pratiques hindoues et dans lequel se dresse un gigantesque lingam (4 mètres de haut, 7 mètres de diamètre). Difficile de savoir quels sont les éventuels projets de conservation et/ou de rénovation en cours, d'ailleurs nous n'avons pas remarqué de sigles relatifs à l'Unesco ni au patrimoine mondial aux abords de l'enceinte. Nous avons toutefois constaté la présence de nombreux échafaudages ici et là, signe que l'édifice est bien loin d'être délaissé. Finalement, l'importance religieuse du temple est peut-être, outre son caractère historique, ce qui nous donne l'impression que ce site du patrimoine mondial n'a que peu de soucis à se faire en terme de conservation. Comment pourrions-nous imaginer qu'un peuple à la ferveur religieuse aussi évidente que les Indiens, laisse dépérir un tel monument...?