mercredi 3 mai 2006
Le fort d'Agra
Par Les Cousins Migrateurs, mercredi 3 mai 2006 à 07:47 :: Inde - Le fort d'Agra

La construction du fort d'Agra fut entreprise en 1565 par l'empereur moghol Akbar. Comment, un empereur mongol ? Non, MOghol !!! Il était musulman. Musulman, mais alors ça n'était pas des hindous qui dirigeaient l'Inde ? Et bien si, mais pas à la même époque... Ah bon, il y avait des maharaja musulmans, alors ? Mais non, c'était un empereur voyons... On n'y comprend plus rien. Une rapide leçon d'histoire s'impose.

Aux alentours de 1000 av. JC, les textes sacrés de l'hindouisme, les Veda, sont écrits. A cette époque, ce sont les Aryens qui dominent le Nord de l'Inde. Le pays échappa à la phénoménale conquête d'Alexandre le Grand (IV ème siècle av JC), qui s'arrêta précisément à son arrivée sur le sous-continent. Entre-temps, le bouddhisme et le jaïnisme, rebelles à l'hindouisme car rejetant les Veda et condamnant le système de castes, naissaient vers le V ème siècle av JC. Le jainisme ne connut pas un essor important et ne franchit pas les frontières de l'Inde. En revanche, le bouddhisme prit une fabuleuse ampleur en Inde (au Nord principalement) surtout lorsque l'empereur Asoka s'y convertit (262 av. JC), et se répandit progressivement dans de nombreux pays asiatiques. Jusqu'au X ème siècle ap. JC, plusieurs dynasties se succédèrent (Gupta, Pallava, Chola, etc.) : l'hindouisme restait fort dans le Sud du pays et reprenait peu à peu sa revanche sur le bouddhisme au Nord, en réintégrant "stratégiquement" ce dernier dans le panthéon hindou, décrétant que Bouddha était finalement un avatar de Vishnou...

Et puis arrivèrent les musulmans : nous sommes aux alentours de l'an 1000, l'islam domine le Moyen-Orient et Mahmud de Ghazni (originaire de l'actuel Afghanistan) commence à attaquer le Nord de l'Inde. Mais ce n'est qu'à la fin du XII ème siècle ap. JC que l'on assiste au premier pouvoir musulman réellement implanté dans le pays. Qutb-ud-din devint le premier sultan de Delhi et étendit son influence sur une bonne partie de l'Inde septentrionale. Le pays devint dès lors pendant deux bons siècles le terrain de guerres sanglantes entre hindous (royaumes puissants au Sud) et musulmans (dominant le Nord). Les affrontements tournèrent finalement à l'avantage de ces derniers : ce fut le début du règne des Moghols : 6 "grands" empereurs se succédèrent de 1527 à 1707 (on les appelle "grands", par opposition aux suivants qui perdirent le pouvoir). Puis en l'espace de 50 ans l'empire s'effondra et fut finalement anéanti par les anglais, qui eurent la main mise sur le pays en 1757. La suite, c'est l'empire britannique et enfin l'indépendance en 1948.

Bien, revenons sur ces empereurs moghols. Ils n'ont rien à voir avec les "Mongols", qui, provenant bien sûr de Mongolie, eurent leur heure de gloire au XII ème siècle lorsque Gengis Khan et ses successeurs envahirent le Nord de la Chine puis marchèrent jusqu'au Moyen-Orient, s'arrêtant aux portes de l'actuelle Turquie. Donc, pas de Mongols en Inde.

Les 6 grands empereurs moghols furent dans l'ordre : Babur, Humayun, Akbar, Jahangir, Shah Jahan et Aurangzeb. Shah Jahan aura marqué l'histoire par ses constructions : on lui doit le monument désormais le plus célèbre du pays, le Taj Mahal. C'est toutefois son grand-père, Akbar, qui restera l'empereur moghol le plus marquant, par sa culture, sa finesse et son ouverture d'esprit. Il eu l'intelligence et la sagesse de tenter de réunir les différences religieuses de son pays, essayant de rallier islam et hindouisme. Il montra beaucoup d'intérêt pour toutes les religions et la théologie.

Le fort d'Agra, classé par l'Unesco sur la liste du Patrimoine Mondial en 1983, avait une fonction principalement militaire sous le règne d'Akbar. Sa construction fut poursuivie par son petit-fils Shah Jahan, qui le modifia progressivement en palais. En pénétrant dans son enceinte, constituée d'une grande muraille, nous découvrons tous les joyaux laissés par ces empereurs moghols.

Le Diwan-i-Am, pavillon des audiences publiques, présente une salle du trône avec des incrustations en marbre. Nous admirons au passage une superbe petite mosquée toute blanche, la Nagina Masjid. Le palais de Jehangir (fils d'Akbar), est un lieu évidemment luxueux bien qu'initialement quartier militaire. Nous passons également devant le Hauz-i-Jehangri, sorte d'énorme bol en pierre dans lequel la femme de Jehangir préparait l'attar, de l'huile essentielle parfumée.

Nous remarquons ici et là des ouvriers occupés à la conservation des lieux ; malheureusement nous n'avons pas eu la joie de pouvoir admirer la (parait-il) splendide mosquée de la Perle, la Moti Masjid, actuellement en travaux. Nous aurons en revanche profité, depuis le fort d'Agra, d'une magnifique vue sur le Taj Mahal, situé à quelques un ou deux kilomètres et que nous avions visité très tôt le matin même.

La visite du "fort rouge", tirant ce surnom de la couleur du grès qui le compose, nous aura permis de nous évader quelques temps à une époque faste de l'histoire indienne. Demeures luxueuses, mausolée incomparable, palais de marbre... Ces empereurs moghols avaient du goût !

