samedi 1 avril 2006
Ensemble de Mahabalipuram (Mamallapuram)
Par Les Cousins Migrateurs, samedi 1 avril 2006 à 10:03 :: Inde - Ensemble de Mahabalipuram (Mamallapuram)

Il y a des visites en forme de longue promenade accompagnée durant laquelle les conversations font oublier le temps qui passe, les kilomètres parcourus à pied, voir l'écrasante chaleur. La visite de Mamallapuram se promettait d'être dantesque pourtant. Le planning que nous suivons dans cette partie sud de l'Inde et les généralement grandes distances à couvrir entre chaque étape ne nous autorisait qu'à passer 24 heures dans la ville de Mamallapuram, et arrivant en fin de matinée après deux grosses heures de bus depuis Chennai, nous devions faire une entorse à notre habitude de visiter les sites tôt le matin. Et se dire que l'on va visiter des temples dans cette région du Tamil Nadu entre 13 à 18 heures c'est une épreuve de courage. Hier à Chennai (Madras), à quelques dizaines kilomètres de Mamallapuram, le thermomètre flirtait avec les 36 degrés à l'ombre. Naturellement, ici il fait la même température mais bonne surprise, une agréable brise marine (nous sommes le long de la côte) et l'absence de pollution (12 000 habitants contre les 7 millions de Chennai qui rendent l'atmosphère de cette grande ville suffocante), adoucissent sensiblement notre perception de la chaleur et nous donnent le courage nécessaire. Rassurez-vous cela ne nous empêche pas d'être totalement en sueur après les premières centaines de mètres parcourus en plein soleil pour rejoindre les festivités...

Des temples, encore des temples et toujours de temples... Vu le nombre de divinités Hindoues, finalement, c'est justifié. Et la ville de Mamallapuram classée au patrimoine mondial par l'Unesco en 1984 en compte des dizaines. Bien sur il y a les éléments principaux, les incontournables, les mondialement connus. Comme ce gigantesque relief sculpté en plein air de 30 mètres sur 12 nommé La descente du Gange.

Des animaux, des demi-dieux, des dieux, Shiva en tête et une faille naturelle verticale colossale séparant la fresque en deux, de laquelle coulait de l'eau symbolisant le fleuve sacré. L'histoire veut que Shiva sous la supplique du roi Baghirata ait accepté de faire descendre sur terre le Gange nourricier et cet épisode est ici relaté de façon majestueuse...

Tous les éléments classés de la ville de Mahabalipuram (actuellement appelée Mamallapuram) furent construits entre le VI ème et VIII ème siècle par les souverains Palava de cette région. En fait l'histoire n'aura retenu que les temples et les sculptures mais cela sous-estime l'importance que ce port avait, commerçant alors avec des royaumes aussi lointains que ceux du Cambodge, de Malaisie ou d'Indonésie.

De là nous avions établi notre plan de bataille. Visite des temples au nord, redescendre au sud vers les Cinq Rathas, un crochet par la plage pour voir le Temple du Rivage et retour au "frais" dans l'auberge de jeunesse. Mais comme rien ne se déroule jamais (ou presque) totalement comme prévu... nous rencontrons Raja. L'amabilité et la sociabilité indienne nous cueillent encore une fois. "Bonjour, d'où venez-vous ?"... Petite anecdote, le pays d'origine des visiteurs semble fasciner les indiens car cette question nous est constamment posée, même à la volée, dans la rue, dans un escalier, depuis une mobylette coincée dans les embouteillages etc... "De France, bonjour !" et la conversation débute avec les incontournables considérations météorologiques de circonstance.

Et puis de fil en aiguille la conversation se forme, et Raja se promène avec nous et rallonge considérablement sa pause déjeuner. A 23 ans il est la troisième génération d'une famille de sculpteurs et finit actuellement son apprentissage tout en commençant lui même à dispenser quelques leçons à des enfants. Pour ses cours il a dû apprendre l'histoire des temples de sa ville et de toutes les sculptures et Raja nous montre ici bas-relief de Durga, divinité sur un champ de bataille, ici des gravures de textes Sanskrit, ici encore des symboles dévots etc... et finalement nous visitons le premier ensemble de temples d'une façon très complète et passionnante grâce à se guide improvisé ! Nous apprendrons que chaque temple ici est creusé dans un rocher unique de granit et n'est donc pas une oeuvre de maçonnerie. Sculpter un temple c'est le travail d'une vie et certaines réalisations pouvaient "user" deux à trois générations de sculpteurs !

Nous nous apprêtons à laisser Raja retourner à ses élèves mais la conversation guide nos pas et c'est finalement toute l'après midi que nous resterons ensemble. Déjà nous passerons par le quartier des sculpteurs sur pierre. Tous les temples de l'Inde commandent ici des sculptures des divinités et nous constatons le travail méticuleux et la longue patience nécessaire à la création de ces oeuvres. Un Ganesh assit, deux mois de travail. Un éléphant d'un petit mètre de long, plus de trois mois. Eux travaillent "à l'ancienne", à la main, au marteau et au burin sans outillage électrique et tradition et modernité faisant bon ménage en Inde, ils exportent aussi certaines pièces grâce à Internet !

Nos pas nous mènent vers les célèbres Cinq Rathas, cinq temples en forme de chariots dédiés à Shiva, à Vishnu, Surya, Indra... Avec en point remarquable une statue de lion et une d'éléphant échelle un, qui veut être (sûrement justifié) une des plus belles sculptures colossales de pachyderme de l'Inde.

A noter quand même un point fâcheux. Les prix d'entrée. Vous êtes indien, 10 Roupies s'il vous plait (20 centimes d'euros). Etrangers.... 250 ! (5 euros) Encore une fois l'état indien frappe au portefeuille ! Nous sommes d'accord sur le principe de payer un peu plus mais de là à devoir régaler 25 fois le prix d'un local, c'est profiter de la situation et du pouvoir d'achat supposé. Surtout qu'un Indonésien de passage ici sera traité comme un Français et ressentira ce prix comme étant colossal, peut être comme l'équivalent de 50 euros !

Heureusement le ticket d'entrée donne accès également au Temple du Rivage. En y allant par la plage, Raja nous confie que le tsunami de décembre 2004 est venu jusqu'ici et ayant rasé un village et une bonne partie de la forêt costale (mais en ne faisant "que" sept victimes), il a aussi mis à jour en déplaçant des dunes de sables des restes de temples qui étaient enfouis sous la plage ! Ils sont d'un intérêt très important pour les archéologues qui pensent aujourd'hui que d'autres bâtiments peuvent être enfouis dans les environs et attendent une mise au jour (les Cinq Rathas ont été tirés des dunes il y a deux siècles par les anglais).

Nous finirons la visite des monuments de Mamallapuram par le fabuleux Temple du Rivage avec ses innombrables sculptures à la gloire de Shiva. Heureusement ce superbe, ou devrions-nous dire, ces deux superbes temples accolés n'ont pas eu trop à souffrir de la vague destructrice car étant protégés des assaut éventuels de la mer par une digue de pierre.

Le mot de la fin sur la conservation : excellente. Quand nous constatons amèrement parfois l'état d'insalubrité régnant en Inde, les temples de Mamallapuram sont en parfait état. L'ensemble principal est dans un parc verdoyant, les Cinq Rathas sont dans une enceinte protégée et le Temple du Rivage voit ses alentours directs aménagés pour sa protection et donc sa bonne conservation. Et maintenant que le soleil commence légèrement à s'incliner dans le ciel, nous allons pouvoir nous rafraîchir à l'ombre et profiter du calme d'une fin d'après-midi à Mamallapuram. Une belle journée de découverte des trésors de cette ville grâce à Raja, une histoire locale passionnante et encore une fois le constat que le panthéon des dieux hindous favorise des créations majestueuses !

