dimanche 23 avril 2006
Ensemble bouddhiste de Sanchi
Par Les Cousins Migrateurs, dimanche 23 avril 2006 à 17:40 :: Inde - ensemble bouddhiste de Sanchi
Monuments bouddhiques de Sanchi

Quiconque n'a pas passé quelques heures dans un transport public sur les routes de campagne indiennes n'a aucune idée de ce qui peut résulter de l'addition "bus indien" plus "route défoncée" plus "chaleur et poussière". Nous en avons maintenant une assez bonne idée mais si l'expérience vous tente, rendez-vous d'abord dans la fatigante et polluée ville de Bhopal. Une fois dans cette bourgade indienne de presque un million et demi d'habitants, dirigez vous vers la gare routière et sautez dans un bus pour Sanchi distant de quelques 45 kilomètres. Que vous mettrez presque deux heures à atteindre.

Mais cela vaut la peine car vous découvrirez alors un des berceaux du bouddhisme indien, au calme, dans la relative fraîcheur de la brise qui caresse la colline sur laquelle le site est implanté faisant des quelques heures que vous pourrez passer à flâner à Sanchi un réel bol d'oxygène avant de retomber dans Bhopal. Classé en 1989 par l'Unesco ce qui frappe dès l'arrivée sur site c'est la conservation absolument parfaite (presque trop) des stupas qui s'offrent au visiteur. Le site est fort ancien car les premières constructions datent du troisième siècle av. JC, élevées sous l'impulsion de l'empereur Asoka fraîchement converti au bouddhisme. Il faut rappeler qu'en Inde Hindouisme et Bouddhisme se sont relayés tour à tour avant que l'Hindouisme ne "revienne" supplantant finalement le Bouddhisme par son assimilation. L'abandon de Sanchi il y a quelques six siècles résulte de ce dernier changement de courant religieux et le site fut redécouvert en 1818 par le général Taylor.

La végétation avait entièrement recouvert les temples et les stupas et les rénovations menées permirent de restaurer intégralement le site et aujourd'hui le visiteur peut découvrir un ensemble qui est dans un état qui ne trahit pas son âge. C'est d'ailleurs un point à soulever à notre sens. Quand nous sommes arrivés quelques ouvriers étaient montés sur une des immenses portes en pierre (celle au Nord) qui encadrent le stupa principal et s'évertuaient à en frotter et à en poncer la pierre pour y gommer les traces ineffables au temps qui passe comme la mousse ou les traînées dues aux précipitations. L'effet final est saisissant, les pierres "nettoyées" sont d’un blanc éclatant et paraissent avoir été dressées hier... cependant à vouloir poncer et gratter les salissures il y a fort à parier que les détails sculptés si finement qui font la richesse de ces portes, ne disparaissent à jamais si le processus de rénovation tel qu'il est mené aujourd'hui est entrepris trop souvent.

En aparté, en France, pour la Cathédrale Notre Dame de Paris, un nettoyage minutieux à été mené à bien à l'aide de lasers, qui, manipulés comme des pinceaux détruisirent les mousses et traces de salissure sans entamer le support sculpté. Quand la technologie moderne et l'histoire se rencontrent harmonieusement... toujours est-il qu'ici la rénovation est faite à la brosse et au grattoir et que le délicat ouvrage risque d'en pâtir.

Alors que voyons-nous de si proprement rénové à Sanchi ? Des stupas, dont le dôme hémisphérique du plus grand (stupa "1") mesure plus de 16 mètres de haut pour 37 mètres de diamètre. Comme nous mentionnions précédemment, ce stupa est entouré de quatre portiques en pierre appelés toranas, disposés aux quatre points cardinaux, richement sculptés d'épisodes des vies antérieures du Bouddha.

Il est à noter que le Bouddha n'est jamais représenté sous sa forme humaine mais évoqué par un arbre (un banyan), un lotus, une roue de la vérité, une empreinte de pied, un stupa, un éléphant ou encore un cheval selon les récits sculptés. Pour chaque porte la créativité exprimée sur les deux piliers et sur les trois architraves est extraordinaire faisant de l'ensemble un véritable chef d'oeuvre de l'art premier bouddhique.

D'autres stupas sont présents sur le site et celui numéroté "3" présente un seul et unique portique magnifiquement sculpté (et blanchi-rénové) quand le stupa "2", plus en contrebas sur la colline n'en offre pas, proposant au visiteur des médaillons sculptés de toute beauté ceinturant l'ensemble de l'édifice.


De nombreux restes de stupas sont disséminés sur le site et en se dirigeant vers le sud de l'ensemble il nous guident jusqu'aux temples. Ceux-la datent du VII ème siècle et évoquent dans leurs proportions et leurs détails les édifices de la Grèce antique. Le temple le plus récent fut reconstruit au XI ème siècle et abrite une statue de Bouddha qui proviendrait d'un autre édifice.

Enfin, un peu excentrés, soit sur le point le plus haut de la colline, soit sur sa pente, nous pouvons visiter des monastères ou du moins les fondations qui subsistent. L'observateur scrupuleux remarquera dans les temples numérotés '"45" et "47", datant de la dernière période de Sanchi, quelques motifs hindouistes montrant que la transition depuis le bouddhisme était en train de s'opérer doucement.

Voila pour les monuments bouddhiques de Sanchi. Une visite au calme, dans une fraîcheur toute relative et quasiment seuls sur le site, les éléments idéaux réunis pour apprécier une des représentations les plus belles esthétiquement de l'art bouddhiste indien (attention néanmoins à l'abus de rénovation). Il est temps de songer à repartir vers Bhopal en tachant de trouver les forces et la patience nécessaires au trajet de bus retour. Il faudra souhaiter qu'un jour la route bitumée soit achevée ou bien il faudra prendre le train, qui en passant, met autant de temps et finalement semble beaucoup moins pittoresque qu'un bus défoncé, bondé, sono à fond et klaxonnant continuellement !

