Tout commence par une ambiance particulière dans les rues de Panaji (appelé aussi Panjim), petite ville de la côte ouest de l'Inde dans l'état de Goa. Plus vraiment l'Inde... des petites notes européennes semblent disséminées ça et là dans l'architecture, les rues, les couleurs, un je-ne-sais-quoi qui ferait penser à l'Espagne, à l'Italie ou à la Grèce... En fait, ce soupçon, ce parfum, cette ambiance, ces petites choses ont pour origine le Portugal. Jusqu'en 1962 nous étions ici encore en terre portugaise et ce depuis 1510 quand Alfonso de Albuquerque s'empara de la ville de Panjim et fonda à une dizaine de kilomètres plus à l'ouest la ville de Goa. Cette ville devint la capitale des Indes portugaises et comptait 200 000 habitants au début du XVII ème siècle et fut le centre des opérations des oeuvres missionnaires de la Chrétienté dans le monde oriental. La malaria ravageant la ville de Goa, elle fut abandonnée en 1760 et tous les habitants allèrent s'installer à Panjim, laissant derrière eux, tel un musée à ciel ouvert, les monuments chrétiens qui avaient été édifiés dans la cité désormais malsaine.

Aujourd'hui un tour parmi ces anciennes églises et couvents constitue à coup sûr le point d'orgue de notre passage à Goa. Déjà parce qu'un peu de changement ne nous fera pas de mal dans le cycle religieux Hindouisto-bouddhiste qui nous occupe depuis notre arrivée en Asie il y a 5 mois. Nous constatons en fait que toutes les oeuvres religieuses occupent considérablement les populations où qu'elles soient et quelque soit la confession, et finalement, entre les temples, les pagodes, les sanctuaires, quelques églises auront le mérite de nous paraître originales, "dépaysantes" en nous rappelant l'Europe. Et puis c'est bien connu dans les églises, grâce au peu de fenêtres et aux murs épais, il y fait frais, alors allons-y au moins pour nous abriter de la cruelle morsure du soleil indien ! Enfin cela nous donnera l'occasion de nous pencher sur la religion que nous sommes censés connaître le mieux, étant celle majoritairement représentée dans notre pays d'origine et en Europe de façon générale. Il est temps de rafraîchir des souvenirs de catéchisme parfois brumeux...

La visite commencera par le couvent et l'église de Saint François d'Assise et le bâtiment d'un style imposant semble être un des éléments les plus remarquables de la ville. Crée dans un style baroque propre au XVII ème siècle, (style riche, dorures et pierres tombales gravées au sol) il est donc dédié à Saint François d'Assise, Saint né en Italie en 1181 qui après une jeunesse aisée, tombant malade, trouva dans l'Evangile un sens à sa vie, qu'il consacra par la suite à "aimer toute la création". Portant le message du Christ en se contraignant à la pauvreté, la famille franciscaine poursuit son oeuvre depuis le XIII ème siècle.

La cathédrale (Se Cathédrale), construite à quelques dizaines de mètres dans un style portugais baroque, est elle dédiée à Sainte Catherine d'Alexandrie. Elle s'était illustrée en son temps par ses conversions opérées au sein même de l'état de Maximinus qui était à l'origine de nombreuses persécutions sur les Chrétiens. Elle convertira son épouse, le chef de sa garde et les philosophes de la cour de l'empereur.

Pour se venger ce dernier la suppliciera sur une roue parsemée de clous et de rasoirs dont elle sera libérée miraculeusement. Elle sera finalement décapitée et son corps repose depuis le IX ème siècle au sommet du Mont Sinaï, dans le monastère de la Transfiguration du Christ fondé en 542, qui sera ensuite rebaptisé monastère Sainte Catherine (que nous avions visité lors de notre passage en Egypte !).

Un peu en contrebas vers la rivière Mandovi se trouve l'Eglise de Saint Gaétan dont l'architecture copie celle de Saint Pierre de Rome. Elle fut construite par des Italiens de l'ordre des Théatins en 1655. Envoyés par le pape Urbain III et devant originellement prêcher à l'est de l'Inde (près Hyderabad, état de Golconde) ils en furent finalement empêchés et s'installèrent donc à Goa en 1640.

Saint Gaétan pour sa part, également italien, né en 1480 à Vincenza entre Milan et Venise, devenu prêtre et ayant eu des apparitions de la Vierge Marie, créa un ordre ayant pour règle de vivre dans la plus stricte pauvreté. Cet ordre pris le nom de Théatin et le but de cette communauté était d'enseigner, de prendre soin des malades, et d'encourager les gens à la confession.

L'église la plus connue de la vieille ville de Goa est sans conteste la Basilica Bom Jesus. La Basilique du Bon Jésus contient en effet la dépouille imputrescible de Saint François-Xavier. Achevée en 1605 la basilique est remarquable de sobriété hormis le coeur de la basilique richement décoré.

Saint François-Xavier né en 1506 en Espagne passa sa vie en tant que missionnaire dans les Indes orientales et jusqu'au Japon. Mort en 1552 au large de la Chine, sa dépouille refusant de s'abîmer fut ramenée à Goa. Sa dépouille repose dans un cercueil d'argent sur socle de marbre, et est exposée au public tous les 10 ans. Le corps est dans un état de conservation étonnant bien que non embaumé. Son bras droit cependant et certaines parties du corps furent indélicatement "prélevés" pour être reparties entres différentes confréries chrétiennes.

Aujourd'hui Saint François-Xavier est le Saint patron de Goa et le 7 avril 2006 fut l'occasion de fêter ici le 500 ème anniversaire de sa naissance.

Suivent enfin sur notre parcours les ruines de l'église de Saint Augustin. Né en 354 en Numidie (actuelle Algérie), Saint Augustin est considéré comme, chronologiquement parlant, le premier grand philosophe chrétien de l'histoire. L'église de Goa fut construite en 1602 par les frères de son ordre et fut abandonnée en 1835, le gouvernement portugais de l'époque, répressif, évinçant plusieurs ordres religieux de la ville. L'ensemble s'effondra en 1842 et aujourd'hui des rénovations sont en cours sur la tour encore dressée.

Enfin nous conclurons notre visite par l'église de Notre Dame du Rosaire tout à l'ouest de la zone de la vieille ville de Goa célèbre car elle aurait accueilli les prêches de Saint François-Xavier lorsqu'il était à Goa.

Aujourd'hui toutes ces églises sont bien vivantes et si la ville avait été abandonnée en son temps, nous constatons avec plaisir que cet héritage chrétien dans cette enclave portugaise est parfaitement conservé et même d'actualité, les églises, comme la Basilique Bon Jésus, venant de fêter un anniversaire important (500 ème anniversaire de la naissance de Saint François-Xavier). Une visite sur les traces de la chrétienté établie en Asie qui nous aura permis de rafraîchir nos connaissances en matière de religion catholique, au moins sur quelques vies de saints, en soupçonnant que lorsque nous en aurons fini avec notre cycle asiatique actuel, tout cela nous servira en Amérique du Sud !