mardi 1 août 2006
Vieille ville de Pingyao
Par Les Cousins Migrateurs, mardi 1 août 2006 à 08:55 :: Chine - Vieille ville de Pingyao

La chute après la gloire a parfois des vertus inattendues permettant le retour en grâce... Telle est l'histoire de la ville de Pingyao, cité chinoise construite sur la route Beijing - Xi'an et dont on retrouve les premières traces au VIII ème siècle avant JC. Son évolution se fait en trois temps. Au II ème siècle avant JC la cité est le siège de l'administration du comté ; jusqu'au XVI ème siècle elle se développe grâce au commerce et devient une des principales villes du nord ; à la fin du XVIII ème siècle la ville voit son histoire changée et sa renommée se faire définitivement grâce à un blanchisseur à l'affaire florissante. Tellement florissante qu'il ouvre d'autres blanchisseries au delà du comté et jusque dans la province du Sichuan et se trouve bientôt confronté au problème lié à la collecte des bénéfices de ses échoppes.

Pour trouver une solution il introduisit un système de chèques et de dépôts au sein de son bureau principal à Pingyao. La formule remportant un bon succès il proposa ce système à d'autres entreprises, à des particuliers puis au gouvernement... Le système bancaire chinois venait de naître et Pingyao en était le coeur. Voila comment la ville prospéra de façon fabuleuse au XIX ème siècle jusqu'à devenir le centre bancaire de toute la Chine ! Puis arrivèrent les évènements du XX ème siècle et la ville, ruinée, tomba dans la misère. Misère si grande que la modernisation de ses quartiers dans son enceinte fortifiée ne fut jamais entreprise et "grâce" à ces déboires c'est aujourd'hui dans une cité chinoise antique et intacte que nous déambulons ! Le tourisme a sauvé Pingyao et actuellement les visiteurs étrangers mais surtout chinois participent de nouveau à l'essor de la cité.

Nous y avons passé 4 jours pleins, car il faut admettre qu'au milieu des mégapoles chinoises de plusieurs millions d'habitants, Pingyao et ses 40 000 âmes (et peut-être autant de visiteurs le week-end) fait office de village au calme bienvenu. Certes, lors des visites, le calme est vite troublé par les guides aux pas pressés et aux porte-voix musclés, mais finalement on commence presque à s'y faire, même si se faire vriller les tympans par trois mégaphones braillant simultanément pour trois groupes de 5 personnes réunies dans la cour intérieure d'une maison ou d'un temple, porte autant sur les nerfs que sur le système auditif.

Arrivés un jeudi, nous décidons d'effectuer un maximum de visites dès le lendemain pour éviter l'affluence du week end. Bien nous en aura pris car le ticket valable trois jours est de bon augure pour visiter Pingyao dans son ensemble car la ville fortifiée s'étend sur 2,25 km². Ceinturée par une muraille qui présente l'attrait d'être d'origine et en assez bon état (voir très bon) pour pouvoir en faire le tour à pied, cette ancienne ville présente un plan d'une centaine de rues et de ruelles symétriques et rectilignes. Les "artères" piétonnes qui traversent Pingyao d'est en ouest et du nord au sud datent du XVII et XIX ème siècle et sont bordées de boutiques et des édifices bancaires principaux qui ont fait la renommée de la ville.

Bien sûr, grâce à la préservation exceptionnelle des lieux, au gouvernement local qui gère l'entretien, les restaurations et la gestion des édifices, ceci lié au classement sur la liste du patrimoine mondial par l'Unesco en 1996, il y a de très nombreux bâtiments à visiter. Nous ne les énumèrerons pas tous ici et nous ne donnerons pas une description détaillée de chacun car se serait bien fastidieux et ennuyant ! Mais nous avons eu le plaisir de nous promener dans des maisons cossues, dans des banques avec leurs salles sous-terraines secrètes destinées à entreposer l'or et l'argent, dans des temples taoïstes et confucianistes, et dans des musées exposant tantôt des effets bancaires, tantôt des armes liées à l'impressionnant système de convoyeurs de fonds nécessaire à la sécurité de la ville et de ses transferts monétaires.

Une autre visite, ou du moins promenade intéressante est celle que l'on peut faire en faisant le tour de Pingyao par les remparts. En marchant sur le chemin de ronde plus exactement. Elevés à une hauteur moyenne d'une dizaine de mètres ces remparts sont dans un état excellent grâce aux campagnes de rénovations dont la ville s'est toujours acquittée. En effet Pingyao a une longue histoire de conservation et les archives historiques de la ville retracent des campagnes menées à chaque siècle et ce depuis le XV ème.

Aujourd'hui le tourisme aidant et étant clairement la nouvelle manne financière de Pingyao, les restaurations sont menées de façons quasiment permanentes. La vue "d'en haut" depuis les remparts permet d'en juger outre le fait que cela permet de goûter à une tranquillité bienvenue le samedi, car tous les visiteurs (chinois et guidés au mégaphone bien sûr) se contentent de monter et de descendre aux accès nord et ouest (seuls accessibles en ce moment) pour un coup d'oeil rapide et chronométré et personne ne fait le tour complet. Sauf nous et d'autres très rares visiteurs nonchalants.

Alors d'en haut on peut apprécier les restaurations principalement menées au niveau de la chaussée ceinturant la ville mais aussi menées sur certaines maisons et bâtisses. C'est également un point de vue parfait pour avoir une vue plongeante sur les habitations traditionnelles Han caractéristiques car bâties autour d'une cour ouverte.

Le dernier jour de visite sera destiné aux temples confucianistes de la ville et à arpenter une fois de plus les artères principales et les petites rues de l'ancienne cité et pour toujours joindre l'utile à l'agréable, ce séjour dans Pingyao aura été l'occasion d'y goûter la gastronomie particulière mais ceci est devenu une constante pour nous que d'apprécier les différents plats que chaque province de Chine peut offrir...

Pingyao est un exemple exceptionnel, car particulièrement bien conservé, de cité Han ayant prospéré sur une tranche de plus de six siècles. Ayant été à son apogée le coeur bancaire de la Chine jusqu'au premier tiers du XX ème siècle, cette ville est une illustration parfaite du développement culturel, social, économique et financier du pays. Sa conservation est aujourd'hui assurée grâce aux efforts conjugués, et la misère liée aux troubles de ce dernier siècle semble loin à présent. Voila un bel exemple de retour en grâce tout à fait justifié !

