mercredi 14 juin 2006
Paysage panoramique du Mont Emei, incluant le paysage panoramique du Grand Bouddha de Leshan
Par Les Cousins Migrateurs, mercredi 14 juin 2006 à 09:27 :: Chine - Paysage panoramique du Mont Emei, incluant le paysage panoramique du Grand Bouddha de Leshan

Nous revoilà dans la Chine à proprement parler et aujourd'hui nous allons vous faire découvrir deux aspects de ce pays unique. Deux aspects opposés dans le temps et dans le style. Le premier est millénaire, relatif à la première vague de Bouddhisme en Chine. Le second est contemporain et pourrait s'intituler : tourisme "à la chinoise". Malheureusement nous avons été prévenu par des amis qui vivent dans ce pays. L'appréciation des biens nationaux se fait dans un style particulier dont nous avions eu un très rapide aperçu lors de notre passage dans le Yunnan. Mais nous devions d'expérimenter nous-mêmes, ou subir plutôt, le style touristique chinois.

Pourtant les lieux s'y prêtent peu nous semblait-il. Nous avions en effet deux sites distincts à visiter et regroupés sous le titre : Paysage panoramique du Mont Emei, incluant le paysage panoramique du Grand Bouddha de Leshan. Tout cela est donc relatif au Bouddhisme, venu d'Inde et introduit en Chine dans cette région du Sichuan au premier siècle de notre ère. Cette religion, "empruntant" la route de la soie, atteint le Mont Emei et un cultivateur d’herbes médicinales du nom de Pugong, élève le premier temple consacré à Bouddha sur le sommet doré de la montagne. Il ne faudra que deux siècles pour que cette religion devienne la principale de la région et au sixième siècle la sphère d'influence du bouddhisme du Sichuan rayonne sur toute la Chine par le biais d'une centaine de temples construits dans la région.

Au XVIII ème siècle, un moine décide de lancer les travaux colossaux menant à la création de la plus grande représentation de Bouddha jamais édifiée. L'idée est simple, creuser un pan de montagne donnant sur une rivière pour en faire émerger une figure assise de plus de 70 mètres de haut. La légende veut que ce soit pour protéger les pêcheurs des remous terrifiants de la rivière que la statue fut sculptée. Les pierres extraites de la montagne furent placées dans le lit du courant meurtrier et le modifièrent si bien que les accidents cessèrent. Le moine y consacra toute sa vie, veillant scrupuleusement à ce que les fonds servant à la construction du Bouddha ne soient pas détournés de leur but final et l'oeuvre fut achevée en 90 ans.

Il y a deux façons de visiter le Bouddha de Ba Fo. La première consiste à descendre la montagne creusée le long de la statue mais cette approche donnant une perspective de lilliputien amusante, ne permet pas d'apprécier le travail de sculpture dans son ensemble et d'autres figures sculptées dans la paroi échappent à la vue. La meilleure façon de découvrir le Bouddha géant est de prendre un petit bateau et de l'approcher par la rivière. Notre choix est donc fait et nous nous préparions à goûter dans le calme inhérent aux flots cette oeuvre bouddhique. Jusqu'à ce qu'un wagon de visiteurs locaux ne sautent sur le pont...

Et là le tourisme "à la chinoise" nous prend à la gorge. Ou plutôt aux oreilles devrions nous dire. Car bien que le pont fasse moins de 10 mètres de long, toute la "visite" sera criée par la guide zélée au son... d'un porte voix au volume poussé à fond. Et oui, il faut croire que le système auditif chinois doit être défaillant car toutes les visites, tous les groupes suivent les guides au son des amplificateurs vocaux... et des drapeaux portés à bout de bras par le même guide. Une chance pour nous qu'un seul groupe soit arrivé sur le pont, car pour peu qu'ils fussent deux, et tout aurait été doublé.... porte voix, bousculade invraisemblable pour être pris en photo devant le Bouddha, photo de groupe, photo de couple, photo sérieuse, photo comique.... et le porte voix toujours et encore même pour converser à deux mètres de distance. On ne sait pas si ils sont sourds donc nécessitent le porte voix, ou bien si le porte voix rendant sourd, ils en ont finalement besoin.... l'histoire de la poule et de l'oeuf appliquée à l'audition chinoise.

Distant d'une quarantaine de kilomètres se trouve Emeishan, la célèbre montagne sacrée. Nous y arrivons en fin d'après midi et au pied de cette montagne il est extrêmement aisé de trouver à y dormir car avec plus de 300 000 visiteurs annuels, le pied de cette montagne c'est transformé en aire d'accueil pour touriste et pèlerins. Nous disposons quand même de quelques heures encore sur cette première journée que nous mettrons à contribution pour visiter les temples bouddhistes construits au pied de la montagne. C’est l'occasion de découvrir notamment le temple de Baoguo datant du XVII ème siècle, exemple exceptionnel des temples-jardins de la région.

Le lendemain c'est à l'aube que nous nous levons mais nous ne gravirons pas la montagne à pied. Si "les montagnes sacrées doivent être difficiles à escalader, difficiles à explorer car dans la lutte se trouve l'humilité" comme le préconise l'Association taoïste chinoise, le gouvernement chinois semble en avoir une autre idée. Une route parfaitement bitumée et à la signalisation personnalisée (le singe sauvage est "l'emblème" du lieu et est dessiné partout même sur les panneaux routiers) mène quasiment au sommet et un téléphérique finit de parcourir les dernières centaines de mètres de dénivelé. Alors honte sur nous et sur notre absence d'humble lutte pour gravir la montagne mais aussi à cause de notre planning serré qui ne nous permet pas de consacrer les trois jours nécessaires pour gravir puis descendre le Mont Emei, nous utiliserons les moyens contemporains et nous suivrons amusés l'inévitable flot de touristes chinois en cette période de vacances scolaires. Inévitable car portant tous le même blouson vert et jaune loué aux échoppes près du parking des autobus pour contrer le froid régnant au sommet (3 degrés celcius en moyenne).

Inévitable car les portes voix résonnent sur l'aire bitumée ménagée au sommet de la montagne. Inévitable encore car transportant (contre toute recommandation) leur déjeuner dans un sac plastique à bout de bras, contenant qui sera arraché, volé, par les singes sauvages gros et gras qui ont depuis longtemps compris que de la nourriture était contenue dans ces sacs et qui depuis longtemps ont visiblement adapté leurs goûts et leur diète aux gâteaux secs et aux boissons gazeuses !

Malgré le réel cirque ambiant et l'aspect kitch à souhait des temples recouverts de tôle dorée installés très fraîchement sur le sommet, nous avons pu quand même profiter du panorama superbe qu'offre le Mont Emei.

Baigné dans une mer de nuages caractéristique nous pouvons contempler une montagne qui bien que classée récemment par l'Unesco (1996) est en fait protégée depuis plus de mille ans du fait de son caractère sacré. Si les infrastructures modernes comme le téléphérique, les buvettes omniprésentes et les marches bitumées peuvent parfois perturber l'équilibre de la montagne et ce principalement près de son sommet, le reste de la zone reste sauvage et en ce sens est devenu une réserve d'animaux et de plantes dont nombre sont endémiques.

De plus la renaissance du bouddhisme en Chine fait que les moines de tous les monastères du site sont aujourd'hui impliqués dans la conservation, gardant la montagne propre et aidant à contenir les touristes dans une certaine zone.

Nous apprécierons un peu de cet aspect calme et protégé en redescendant à pied ce que nous avions gravi rapidement en téléphérique, et bien que nous n'ayons eu qu'un petit échantillon de la nature sauvage du Mont Emei, nous comprenons pourquoi ce site est devenu l'un des plus célèbres en Chine, tant pour les fidèles du Bouddhisme que pour les randonneurs en grande majorité étrangers qui consacreront le temps nécessaire à la découverte de ce Mont Emei magnifique.

