252 grottes !!! Soyons francs, nous ne les avons pas toutes visitées. Nous nous sommes "contentés" de parcourir les vingt grottes majeures et les plus représentatives de l'ensemble, et nous n'avons pas été déçus. Voilà un site, classé sur la liste du Patrimoine Mondial en 2001 par l'Unesco, que nous n'avions pas initialement prévu sur notre trajet. Ayant récemment choisi de modifier ce dernier pour passer dans cette région du Shanxi, à quelques centaines de kilomètres à l'Ouest de Beijing, nous ne pouvions passer outre les Yungang Shiku (shiku signifie grottes en chinois), étape incontournable dans cette partie du pays.

La plupart des grottes de Yungang furent creusées au cours de la seconde moitié du V ème siècle ap. JC, sous la dynastie des Wei du Nord. D'inspiration bouddhique, les 252 grottes et niches comprennent plus de 51 000 statues (!) dont un innombrable lot de statues de bouddhas, dont nous commençons à avoir l'habitude après neuf mois passés en Asie... En fait, au premier abord les Yungang Shiku nous ont immédiatement rappelé les grottes d'Ajanta en Inde, bouddhiques également et au sujet desquelles nous avions d'ailleurs écrit quelques lignes au printemps dernier (cf. article correspondant pour les amateurs). Construites dans la falaise d'une montagne, ces grottes chinoises sont toutefois réparties sur une étendue encore plus vaste, et présentent un intérêt culturel tout particulier.

Car au-delà des qualités esthétiques et artistiques stupéfiantes de l'ensemble et de la prouesse technique que représentent de telles réalisations (certaines statues de Bouddha, sculptées dans les grottes, font plus de dix mètres de haut), nous sommes ici en présence d'un témoignage précieux des différents visages culturels, religieux et artistiques de la Chine.

La ville de Datong, située à une petite vingtaine de kilomètres des grottes, était au V ème siècle ap. JC l'une des plus grandes métropoles mondiales et le carrefour de métissages entre plusieurs peuples et inspirations : pays d'Asie centrale et Inde, notamment, engendrèrent ici une croisée des arts et des cultures. Le Bouddhisme, qui rappelons-le est né en Inde, présentait au V ème siècle plusieurs formes artistiques, plusieurs "styles" : les Yungang Shiku sont, entre autres, une fusion et un mariage de l'art bouddhique chinois et de l'art bouddhique d'Inde et d'Asie centrale.

Si la taille de certaines statues se révèle souvent la source de stupéfaction de nombreux visiteurs, pour notre part ce sont encore davantage les couleurs de certaines fresques qui nous ont impressionnés. Les peintures sont encore vives par endroits, et ajoutent à la finesse de la sculpture une dimension que nous avons peu retrouvée dans la majorité des sites statuaires que nous avons eu l'occasion de parcourir. Attention tout de même à ne pas se méprendre entre les peintures refaites au XVII ème siècle et celles d'origine.

Les restaurations ont été nombreuses, y compris pour les temples de bois construits sur le site au XII ème siècle mais victimes d'un incendie peu après. Les grottes, quant à elles, ont subi plusieurs dégradations au cours des siècles ; naturelles d'une part (effondrements, érosion de l'eau par des infiltrations provenant des fissures apparues dans le grès, secousses sismiques) et bien malheureusement humaines d'autre part. Quelques graffiti stupides par endroits, mais aussi et surtout une pollution provenant des mines de charbon voisines. Il s'agit actuellement du souci majeur : Datong est une ville fortement industrielle et le va-et-vient des camions transportant le charbon aux abords des grottes engendre un dépôt de poussière noire très dégradant sur les statues. A aujourd'hui, la mine la plus proche a été fermée ; quant aux problèmes dus aux causes naturelles, ils sont combattus par des équipes de spécialistes étudiant et surveillant les conditions climatiques et géologiques de la région.

Nous étant rendus sur place depuis Datong par les transports de bus locaux, nous avons eu la chance de rencontrer pendant le trajet une étudiante chinoise de Beijing, Guang Lu, en visite touristique ici et qui aura parcouru les grottes avec nous. Parlant de surcroît un assez bon anglais, elle aurait peu être la traductrice idéale de panneaux explicatifs en chinois ! Ici néanmoins, contrairement à bon nombre d'autres lieux touristiques en Chine, les informations écrites devant chaque grotte se présentent aussi bien en anglais qu'en chinois. C'est donc avec le simple plaisir d'être en compagnie d'une voyageuse locale et de pouvoir ainsi échanger nos points de vue, que nous avons eu le privilège de découvrir ce site aussi impressionnant pour sa qualité artistique que pour sa portée historique et culturelle.