vendredi 29 septembre 2006
Centre historique de Sao Luis
Par Les Cousins Migrateurs, vendredi 29 septembre 2006 à 16:52 :: Brésil-Centre historique de Sao Luis

Il faut avouer quelque chose : les centres historiques et les vieilles villes qui se trouvent sur la côte brésilienne s'enchaînent et se ressemblent globalement même si l'histoire de Sao Luis est un peu différente de celle de Salvador de Bahia ou d'Olinda. Ce centre fut fondé par les Français au tout début du XVII siècle, par deux lieutenants du roi Louis XIII, sur les ruines d'un centre hispano-portugais datant d'un siècle avant. Un nouveau fort construit sur l'île de Trindade est baptisé fort Saint Louis et la cohabitation entre Français et indigènes se passe plutôt bien. Cependant les hommes de Daniel de la Touche et de François de Razily n'y restent que deux petites années, étant chassés par le portugais Jerônome de Albuquerque en 1615.

L'ingénieur en chef de l'état du Brésil se rend à Sao Luis pour préparer les nouveaux plans d'urbanisation de la ville libérée et Francisco Frias de Mesquita propose un plan géométrique unique et contrastant avec les systèmes urbanistes plus fantaisistes de Rio, Recife ou Olinda. Ce plan novateur servira l'expansion de la ville du XVII ème au XIX ème siècles. Entre temps, Sao Luis connaîtra quelques années sous la bannière Hollandaise (1641 à 1643) mais les Portugais, aidés par les indigènes reprendront la ville pour ne plus la lâcher.

A la fin du XVIII ème siècle Sao Luis compte 17 000 habitants et l'économie de la ville est profondément modifiée par l'introduction du commerce d'esclaves en provenance d'Afrique. Sao Luis et la ville d'Alcântara sont au centre du réseau commercial international géré depuis le Brésil et les exportations de riz, coton et d'autres produits assurent rapidement une croissance forte aux nouvelles cités. Et qui dit enrichissement, dit architecture correspondante. Les maisons traditionnelles font place aux constructions en pierres, mortier et marbre et l'utilisation d'azulejos (carreaux de faïence peint de motifs bleu) deviennent une marque extérieur du style architectural de Sao Luis. La richesse de la ville lui permettra d'être la première de la région dotée d'un tramway, de l'eau courante et de l'électricité, de l'éclairage urbain, du gaz et même du téléphone. Les richesses de la ville sont encore grandissantes quand au XIX ème siècle des entreprises textiles s'y installent et y prospèrent.

Cependant c'est au début du XX ème siècle que la stagnation économique signera la fin de la Sao Luis grandiose. A l'époque la ville est encore concentrée dans une zone historique et, comme nous l'avions vu en Chine pour la vieille ville de Pingyao, le déclin a joué un rôle primordial dans la conservation des caractéristiques historiques de la ville. Plus d'argent, pas de rénovation, pas de construction neuve et pas de bétonnage systématique signe de l'architecture de la moitié du XX ème siècle. Alors pour notre chance les bâtiments et le plan d'urbanisme anciens sont encore appréciables aujourd'hui.

Hiérarchiquement, dans la ville de Sao Luis on trouve trois types distincts de bâtiments. Les manoirs, édifices les plus imposants et les plus décorés construits au XVIII ème siècle par la classe bourgeoise. Les maisons avec plusieurs étages construites autour de cours et dont les hautes façades parfois recouvertes d'azulejos, sont décorées de corniches ouvragées, de hautes fenêtres aux encadrements décorés et de nombreux balcons et balustrades en fer forgé ou en fonte. Enfin les petites maisons de tailles plus modestes à un, parfois deux étages. Parallèlement aux demeures privées on peut apprécier les édifices publics tels que le siège du gouvernement de Maranhao datant de la fin XIX ème, début XX ème siècle, sans les édifices religieux et principalement la Cathédrale da Sé construite par les Jésuites en 1629.

Par chance, dirons-nous, nous sommes arrivés très tôt un dimanche matin à Sao Luis à la faveur d'un bus de nuit et nous avons donc déambulé dans les ruelles de tout le quartier historique absolument seuls. Ambiance déserte d'une zone préservée (la ville moderne de Sao Luis étend son béton juste en dehors du coeur historique au-delà du Rio Anil) un dimanche matin à 7 heures... Personne dans les rues, aucune voiture garée, aucun commerce ouvert. L'impression de visiter une ville fantôme qui se dévoile doucement dans son intimité. Les maisons restaurées le sont magnifiquement et celles qui ne le sont pas tombent tout aussi splendidement en ruine, les arbres poussant au travers des façades éventrées comme des coquilles d'oeuf vides.

L'absolu calme nous aura permis d'apprécier les efforts de restauration menés à certains endroits mais il faut avouer que même si depuis sa classification par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial en 1996 de nombreux projets de restauration ont été menés (il y avait eu un important programme de préservation et revitalisation lancé entre 1987 et 89), il reste beaucoup à faire pour que le centre historique de Sao Luis se hisse au niveau de celui de Salvador de Bahia par exemple. Même en parcourant de nouveau le centre historique le lundi, alors animé, nous n'avons pas eu l'impression d'une vie débordante et régénératrice pour le quartier. Beaucoup des petites maisons sont transformées en commerces (allant de la plomberie à la cantine restaurant) mais on ne sent pas la vitalité exubérante que nous avons pu rencontrer ailleurs. Même le tourisme que l'on pourrait penser conséquent semble tranquille mais peut être est-ce que nous y sommes en hors saison. Sao Luis nous laissera le souvenir d'une ville au charme indéniable, au potentiel historique très important justifiant tout à fait sa classification par l'Unesco, mais un peu endormie, à l'image des rues désertées d'un dimanche matin.

