lundi 11 septembre 2006
Ville d'Ouro Preto
Par Les Cousins Migrateurs, lundi 11 septembre 2006 à 23:13 :: Bresil - Ville d'Ouro Preto

Bienvenue en Amérique du Sud ! Nous attaquons ici le dernier tiers de notre voyage de deux ans à la découverte des sites du patrimoine mondial et nous commençons donc ce périple par le Brésil qui nous gratifie de quelques lieux culturels, historiques ou naturels importants à visiter. Après un passage à Rio de Janeiro, nous nous sommes donc dirigés au nord de quelques cinq cent kilomètres dans les terres, dans l'état du Minas Gerais pour aller visiter la ville d'Ouro Preto.

Si cette ville est classée depuis 1980 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, c'est qu'elle concentre presque la moitié des monuments historiques du Brésil et ils sont dans ce cas des églises Chrétiennes. Elle est également située dans un cadre superbe fait de collines verdoyantes du plus bel effet. Mais il faut avouer que nous sommes là au milieu ... de rien. Du moins en surface. Car c'est de son sous-sol qu'Ouro Preto tire sa richesse, et cela au sens le plus strict. En effet c'est au tout début du XVIII ème siècle que naquit cette ville à la suite de la mise à jour de filons d'or.

Il n'en suffisait pas plus pour que des milliers d'aventuriers n'arrivent en quête de fortune et construisent une cité de toute pièce. Et qui dit aventuriers et or à cette époque dit esclavage. C'est sur la main d'oeuvre "importée" notamment d'Afrique que les négociants-négriers se sont enrichis et on fait d'Ouro Preto la plaque tournante de l'or de l'époque. La moitié du volume mondial d'or extrait l'était ici et la ville devint rapidement un véritable gruyère et encore plus rapidement très riche, s'imposant rapidement au niveau national. Ouro Preto, délicieux jeu de mot signifiant Or Noir (aussi appelée Vila Rica - Ville Riche), comptait à son apogée 110 000 âmes, dont la majeure partie esclaves. Ironiquement ce n'est pas pour son passé sulfureux, négrier, violent et débauché que la ville est aujourd'hui connue mondialement, mais pour ses églises.

Il faut croire que les actions peu morales se rachetaient en ferveur architecturale chrétienne car Ouro Preto compte parmi les plus magnifiques édifices religieux du pays et des centaines de kilos d'or arrachés du sous-sol par les esclaves se retrouvent en dorures et sculptures. Tous construits au XVIII ème siècle ils témoignent de la parfaite maîtrise de l'architecture baroque et son artiste principal en est Aleijadinho. Fils d'un architecte portugais et d'une esclave africaine, Aleijadinho (Antonio Francisco Lisboa) perdit l'usage de ses mains à trente ans, mais, marteau et burin sanglés à ses poignets, il fut capable de ciseler avec une délicatesse inouïe nombre de sculptures baroques. Son chef d'oeuvre à Ouro Preto est l'église de Saint François d'Assise avec l'exécution de toutes les sculptures et bas reliefs extérieurs, l'intérieur ayant été peint par son ami et partenaire Manuel Da Costa Ataide. Une grande quantités d'artistes s'implantèrent dans cette ville et y réalisèrent des oeuvres d'une qualité remarquable. Les églises sont sculptées délicatement de saints et de scènes illustrant l'évangile et les ponts et les fontaines disséminés dans la ville alimentent l'héritage sans égal d'Ouro Preto.

Une autre église célèbre est celle de Santa Efigenia dos Prêtos (Eglise Sainte Efigénie des Noirs). Elle fut construite par Chico Rey (Enfant Roi), un africain roi de tribu, arraché avec les siens de son pays et réduit en esclavage pendant plus de trente années. Ayant pu racheter au bout de toutes ses années d'esclavage sa liberté, celle des membres de son clan, ainsi que la mine dans laquelle ils souffrirent, Chico Rey fit construire cette église par et pour la communauté noire. Si c'est l'édifice religieux de la ville le moins riche en terme d'or exposé, c'est le plus beau en terme d'ouvrage, de sculptures et bas reliefs présentés à l'intérieur de l'église.

Si la conservation des monuments principaux semble parfaitement assurée, on regrettera quand même l'implantation de maisons construites un peu sauvagement aux limites de la ville et dans un style "favelisant" (empilage de maisons aux architectures différentes et aux finitions brutes de béton comme dans les favelas près de Rio par exemple) qui ne s'accorde absolument pas avec le reste de la ville si bien entretenu. Une autre remarque sera faite sur la modernité ne s'accordant pas avec le passé une nouvelle fois. Tous les pylônes supportant les câbles électriques et télécom enlaidissent certaines perspectives de façon regrettable. Cependant l'élément le plus remarquable qui saisira le visiteur de passage à Ouro Preto est l'homogénéité qui en ressort. Le paysage vallonné, les ruelles serpentantes et pavées, les maisons de pierre, les églises dominant chaque colline donne un caractère et un charme délicieux à la ville et la visite suivie d'une bonne flânerie dans les ruelles nous prendra une bonne partie de la journée pourtant commencée tôt.

Il est certain que si l'Asie eut pour nous son lot colossal de Bouddhas, Vishnus et autres Nandis, l'Amérique du sud semble nous réserver pléthore d'édifices chrétiens et Ouro Preto nous donne ici un aperçu de à ce quoi nous devons nous attendre. Les styles de ces édifices seront variés nous l'espérons et aujourd'hui nous avons pris grâce au type architectural allié à la finesse des sculptures d'Aleijadinho, la mesure du style baroque du XVIII ème siècle.

