Difficile de n'avoir jamais entendu parler du sérieux problème de déforestation qui touche l'Amazonie. Ce que l'on ignore en revanche souvent, c'est l'étendue de ces dégâts et l'état de la situation actuelle... Situons-nous un peu : nous sommes dans la plus grande, la plus riche et la plus diversifiée de toutes les forêts tropicales au monde. La forêt amazonienne, qui couvre 5,5 millions de km2, s'étend sur neuf pays dont principalement le Brésil. Seulement voilà, les spécialistes considèrent qu'au rythme de déforestation actuel, elle aura purement et simplement disparu en... 2050 ! Les chiffres sont alarmants : la forêt a déjà été réduite d'un cinquième, et durant ces dix dernières années c'est une superficie de l'ordre de deux fois celle du Portugal qui s'est volatilisée. Le rythme de déforestation est de l'ordre de 50 000 km2 par an.

Alors que se passe-t-il exactement ? L'exploitation forestière est la première cause de cette déforestation, la plus évidente. En effectuant en bateau le trajet de cinq jours qui, remontant l'Amazone sur 1500 km, nous a menés de Belém (au Nord du pays, à l'embouchure du fleuve) jusqu'à Manaus (ville majeure au coeur de l'Amazonie), nous avons pu le premier jour constater le nombre de scieries qui parsèment les berges. En analysant les chiffres, il parait évident que l'exploitation forestière est actuellement trop peu contrôlée, la quantité de bois coupé n'étant en aucun cas compensé par le nombre d'arbres replantés...

La deuxième cause est vicieuse car elle découle en partie de la première, et désormais l'incite. En rasant les arbres on créé de la place pour... l'exploitation agricole : le Brésil est le deuxième producteur mondial de soja (après les Etats-Unis) et la demande allant croissant (depuis l'Europe en particulier, et même depuis la Chine désormais), les arbres tombent à un rythme effréné pour créer des parcelles de soja. Et comme le lobby des agriculteurs brésiliens semble très puissant, on imagine mal l'issue d'une telle situation. Les trois dernières causes enfin : l'exploitation minière (métaux précieux), les incendies criminels (orchestrés aussi bien par de petits agriculteurs que par de grandes entreprises multinationales, dans le but de créer de l'espace pour leurs exploitations respectives) qui non seulement détruisent la forêt mais aggravent de surcroît l'effet de serre par l'émission de dioxyde de carbone, et en dernier lieu bien sûr la construction d'infrastructures (routes et bâtiments), qui est d'ailleurs inhérente aux différentes exploitations.

La forêt amazonienne est d'un équilibre très fragile et tout comme les végétaux, les premières victimes de cette déforestation sont les animaux : certaines espèces auront bientôt disparu et nombre d'entre elles ont désormais un statut d'espèces très en danger. L'Unesco a initialement classé en 2000 le parc national de Jau, à 200 km au Nord-Ouest de Manaus, puis a agrandi la zone de trois autres aires de conservation pour désigner finalement un ensemble total de 6 millions d'hectares situé au Nord-Ouest du pays et qui constitue donc désormais le "Complexe de conservation de l'Amazonie centrale", site classé sur la liste du Patrimoine Mondial en 2003. Cette zone, très reculée au coeur de l'Amazonie, n'est visiblement que très peu touchée par l'intervention humaine et se trouve donc dans un excellent état de conservation. Les raisons de son classement par l'Unesco sont d'une part les processus écologiques qu'elle présente (relief changeant, évolution de la végétation, etc.) et d'autre part les espèces menacées qu'elle contient et sa diversité biologique. On y trouve notamment l'arapaïma géant (l'un des plus grands poissons d'eau douce au monde), le lamantin de l'Amazone, deux espèces de dauphins et le caïman noir.

Pour des raisons budgétaires nous avons dû nous contenter de découvrir la jungle amazonienne dans un endroit un peu plus facile d'accès et proposé par des agences touristiques à des prix abordables. C'est toutefois pas si loin de cette zone, aux abords de la rivière Urubu au Nord-Est de Manaus, que nous nous sommes rendus pour cinq jours, par le biais d'une agence dont les guides ont la particularité d'être des indiens natifs de villages amazoniens. Nous n'avons vraiment pas été déçus ; Adenir, notre guide, nous aura permis de profiter au mieux de la forêt et de ses richesses.

A cette époque où les eaux sont basses, les animaux sont beaucoup plus difficiles à dénicher et il nous fallait bien un guide époustouflant pour nous aider à regarder, écouter et comprendre la faune amazonienne. Tarentule, alligators, serpents, piranhas, perroquets, singes ou encore anguille électrique, nos rencontres ont été nombreuses et spectaculaires.

Et nous garderons longtemps en mémoire ces expériences incomparables que constituent des nuits dans un hamac au coeur d'une forêt tellement bruyante (!), des marches de plusieurs heures au beau milieu de plantes tout aussi enchevêtrées qu'épineuses, ou encore des promenades en pirogue, à l'aube pour observer les oiseaux ou le soir pour repérer les alligators...

Adenir, indien de souche mais connaissant également la vie urbaine, semble particulièrement conscient des dangers que connaît la forêt amazonienne. En quelques dizaines d'années (il en a une quarantaine), nous confie-t-il, il a pu constater une diminution de la densité d'animaux d'environ un tiers. Son discours n'est toutefois pas si pessimiste ; il nous explique que depuis environ 15 ans la situation dans cette région semble s'améliorer, grâce à plusieurs programmes de conservation et de protection de la forêt.

Malheureusement, ces régions encore sauves pourront-elles résister à l'appétit des exploitants ? Dans un pays à l'économie fragile, les défenseurs de la nature seront-ils en mesure de rivaliser avec les enjeux économiques, mis en avant par les puissants lobby d'agriculteurs et l'influence des multinationales ? Aujourd'hui il existe encore, fort heureusement, des zones entières de la forêt amazonienne pratiquement intactes. C'est le cas du complexe de conservation de l'Amazonie centrale, classé par l'Unesco. Qu'en sera-t-il dans quelques dizaines d'années...?