Le premier écueil à éviter serait celui qui consisterait à penser que cette ville a un quelconque rapport avec l'industrie sucrière ! En fait la ville de Sucre a un passé assez mouvementé qui lui valut son sobriquet de "la ville des 4 noms", car ils furent successivement Charcas, La Plata (qui signifie l'argent - le minerai), Ciudad Blanca (Ville Blanche) (nom officieux) et Sucre.

La ville est fondée par le capitaine Pedro de Anzures, marquis de Campo Redondo, en novembre 1538, pour établir une base permettant les activités minières prévues par Gonzalo Pizarro dans cette région Est de la Cordillère de Andes. La ville est établie dans le centre-sud du pays à quelques 2800 m au dessus du niveau de la mer. Son premier nom est Charcas, en référence au peuple du même nom qui vivait dans la région. De cette ville émane l'autorité du roi d'Espagne Felipe II, et les pouvoirs exécutifs et judiciaires s'étendent sur des régions actuellement identifiées comme le Paraguay, le sud-est du Pérou, le Nord du Chili et de l'Argentine ainsi que sur l'actuelle Bolivie. Spirituellement, la ville est Chrétienne, et en 1609, dotée de son archevêché est "autonome" théologiquement parlant et est épaulée en 1624 par la première université fondée en Amérique latine, celle de San Xavier. C'est au XVIII ème siècle qu'elle prend le nom de La Plata à cause de sa richesse et devient également le centre légal, religieux et culturel des territoires Espagnols conquis.

C'est le 25 Mai 1809 que le premier désir d'indépendance souffle sur La Plata et cette date d'importance est aujourd'hui le nom de la place principale de la ville. Le 6 août 1825 l'indépendance était déclarée et une nouvelle république naissait sous le nom de Bolivie, tiré du nom de son libérateur Simon Bolivar. Quelques jours après le nom de La Plata était abandonné en faveur de Sucre en honneur du maréchal Antonio José de Sucre qui combattit au côtés de Simon Bolivar.

En 1991 la ville fut classée par l'Unesco en raison de son importance historique et de son important héritage architectural colonial. La ville est en effet conçue selon un plan d'urbanisme simple de voiries en damier représentatif des cités Espagnoles Sud Américaines du XVI ème siècle. De passage dans la ville on admirera surtout l'architecture locale du XVIII ème siècle d'un style proche de celle remarquable à Potosi et les constructions plus récentes sont adaptées au goût néo-classique venu d'Europe.

Cependant les édifices religieux, plus anciens, témoignent d'un style autre typique du XVI ème siècle et sont représentés par la Cathédrale, les églises Saint Lazare, Saint François, Saint Dominique et les autres. Notre chance lors de notre passage à Sucre est d'y avoir été lors de la Toussaint. Fête extrêmement importante pour les chrétiens, elle l'est encore plus en Amérique du Sud. La ferveur religieuse est à son paroxysme pendant 3 jours.

Le 31 octobre est célébré le "jour des petits anges" où l'on prie pour les enfants défunts, le 1er Novembre est bien sûr consacré à tous les saints (Toussaint), et le 2 novembre est le "jour des morts". A cette occasion de nombreuses célébrations religieuses sont consacrées dans les églises de la ville. Nous avons pu rentrer dans la cathédrale où l'évêque disait la messe, mais la visite la plus intéressante de la journée, hormis la flânerie sympathique dans les rues du quartier historique, aura été celle du cimetière.

Une messe était également donnée dans la chapelle principale mais la ferveur religieuse s'exprimait plus à travers des centaines d'habitants de la ville, venus spécialement fleurir les tombes de leurs défunts et se recueillir.

Le cimetière de la ville est remarquable et une promenade dans les allées bordées d'arbres sculptés est propice à la découverte des caveaux familiaux de toute beauté ainsi que des tombes plus modestes souvent arrangées dans des "murs" spécifiques où les niches tombales sont disposées en rayonnages à plusieurs étages.

Le cimetière est une des fiertés de la ville et attire à juste titre de nombreux visiteurs quotidiens et ce fut pour nous une aubaine que de visiter la ville de Sucre lors de cette fête de la Toussaint, donnant une saveur tout particulière à cette ville déjà charmante.