La ville de Potosi n'était à l'origine qu'un tout petit village perché à plus de 4000 mètres d'altitude dans les Andes boliviennes. Et puis, les conquistadors espagnols arrivèrent et quelques années plus tard, entre 1542 et 1545, découvrirent les plus grands filons argentifères d'Amérique dans le "Cerro de Potosi", la montagne qui domine la ville. Potosi devint rapidement ce que l'on considéra comme le plus grand complexe industriel au monde au XVI ème siècle. L'activité ne diminua qu'à partir de l'indépendance du pays au début du XIX ème siècle. Entre temps, ce furent plusieurs millions de travailleurs qui se succédèrent dans les mines, indigènes et esclaves amenés d'Afrique, sous la surveillance et la surexploitation des colons.

C'est une grande partie de la ville et de ses environs que l'Unesco a classé sur la liste du Patrimoine Mondial en 1987. Il s'agit tout d'abord de l'infrastructure industrielle constituant la totalité de la chaîne de production : mines, barrages et lacs artificiels actionnant les moulins de broyage du minerai, fours et même l'hôtel des monnaies (la Casa Real de la Moneda, devenue aujourd'hui musée) où était frappée la monnaie à destination de l'Europe. L'architecture coloniale et notamment de nombreuses églises appartiennent également à l'ensemble de ce site classé.

La visite du musée de la Casa Real de la Moneda nous aura beaucoup appris. Visite obligatoirement guidée de surcroît (pour un prix vraiment modique, et avec une guide parlant parfaitement français), à travers un grand et magnifique bâtiment reconstruit en 1759 qui abrite de nombreuses salles : art religieux, peintures, sculptures de la civilisation Tiwanaku, etc. Mais bien sûr, les parties les plus intéressantes sont celles qui nous ont permis de prendre la mesure du travail de fabrication de monnaie de l'époque. Machines à laminer, presses, balances, coffres, pièces d'argent originales... Grâce à notre guide nous en avons appris tout autant sur les temps passés que sur la période actuelle. Par exemple, il est curieux d'apprendre que désormais les rôles se sont inversés puisque c'est en Europe et au Canada que la monnaie bolivienne est aujourd'hui frappée. Quant aux billets de banque de ce pays, ils sont imprimés... en France !

Tout comme ce musée, ce sont de superbes bâtiments qui ont été laissés à travers la ville par les colons. Les églises de San Francisco et de San Lorenzo, par exemple, mais également la place principale et les rues au charme indéniable qui parcourent le centre de Potosi.

C'est toutefois à l'extérieur de la ville que se trouve son attraction majeure, si stupéfiante. Car les mines de Potosi existent encore, et ce sont des milliers de mineurs âgés de 13 à 60 ans qui y travaillent toujours en 2006. La plupart des mines sont gérées par des coopératives, et de nombreuses agences touristiques y organisent des visites très instructives.

Car il faut le voir pour le croire : ce sont des pratiques moyenâgeuses qui ont cours ici. Absence de ventilation, travail à la main dans de nombreuses parties des mines (au burin et au marteau pour creuser, à la pelle et à la brouette, voire à dos d'homme, pour extraire), et bien entendu les gaz toxiques dégagés de la pierre avec les minéraux réduisent sérieusement l'espérance de vie de ces travailleurs.

Ils extraient huit heures par jour zinc, étain et argent et pour quel salaire ? Les experts (ceux qui décident des emplacements où creuser, à la dynamite puis à la main) peuvent espérer, grâce à leurs nombreuses années d'expérience, jusqu'aux alentours de 200 euros par mois. Quant aux plus jeunes, ils touchent 20 centimes d'euros pour chaque sac de pierres de 40kg sorti de la mine sur leur dos, à raison de plusieurs dizaines de sacs par jour.

Pour faire abstraction de leur peine et trouver la force nécessaire à leur labeur, ces forçats des temps modernes mâchent des feuilles de coca, tout comme leurs prédécesseurs quelques siècles plus tôt.

Evidemment, attention à ne pas faire d'amalgame entre les mineurs d'aujourd'hui, payés et volontaires bien sûr, et ceux qui étaient envoyés de force à l'époque et qui ne ressortaient des mines les plus souvent que les pieds devant. Nous ne pouvons toutefois pas occulter le fait que sur un site protégé et conservé pour son importance historique, le présent et le passé trouvent un parallèle bien réaliste à notre goût... Potosi a impressionné le monde par sa croissance et sa réussite industrielle il y a quelques siècles, et nous a aujourd'hui choqués car pendant l'espace de quelques heures, c'est au coeur d'un Germinal des temps modernes que nous avons été plongés, et que nous avons fait connaissance avec des hommes qui pratiquent probablement l'un des métiers les plus éprouvants qui soient.