Kakadu est un paysage culturel. Il a été crée par les ancêtres spirituels des Aborigènes durant le "Temps de la Création". Ces ancêtres ou "premier peuple" traversèrent le pays créant les paysages, les plantes, les animaux et les Bininj/Mungguy (peuples Aborigènes). Ils amenèrent avec eux les lois avec lesquelles vivent : les cérémonies, le langage, la parenté, et la connaissance écologique. Ils apprirent aux Bininj/Mungguy comment vivre avec la terre et comment prendre soin de leur pays. Le nom "Kakadu" vient du nom d'un langage Aborigène appelé Gagudju qui fut parlé dans la région au nord du parc au début du vingtième siècle. Si les langages comme le Gagudju et le Limilngan ne sont plus parlés aujourd'hui, les descendants de ceux qui les utilisaient vivent encore dans Kakadu. Les langues Aborigènes encore parlées aujourd'hui sont le Kunwinjku dans le nord-est, le Gun-djeihmi dans le centre et le Jawoyn au sud. (issu du guide officiel Kakadu National Park)

Etendu sur plus de 6000 km² sur le bassin d'alimentation de l'Alligator River (nommée Alligator à tord à cause d'un des premiers explorateurs pas très naturaliste à avoir traversé la région, la rivière étant peuplée par les ... crocodiles !) dans le territoire du Nord de l'Australie. Cet écosystème est très complexe, on y trouve des plaines d'inondation (durant la saison humide de Novembre à Avril) et d'étonnants plateaux et escarpements de grès. Les sites archéologiques, sacrés et artistiques aborigènes sont nombreux. Des groupes d'aborigènes résident encore aujourd'hui dans le parc Kakadu, y compris les propriétaires traditionnels et les aborigènes ayant des liens sociaux et traditionnels reconnus avec la région.

La faune du parc est extrêmement riche ; habité par plus de 64 espèces de mammifères, 275 d'oiseaux, 128 de reptiles, plus de 59 de poissons d'eau douce et 25 de grenouilles (ouf!), cette quantité et cette densité impressionnante d'animaux représente à elle seule 33% des espèces d'oiseaux et 25% des espèces de poissons d'eau douce australiens. Par ailleurs plus de 2,5 millions d'oiseaux utilisent de manière saisonnière les plaines d'inondations et sur le tableau écologique c'est sans mentionner les dizaines d'espèces de plantes considérées comme rares ou menacées dont 9 endémiques (re-ouf!). Finalement quasiment aucun autre parc ne possède un tel écosystème et si on ajoute à cela la dimension culturelle apportée par les Aborigènes, il n'y a tout simplement pas d'aire protégée au monde qui puisse égaler Kakadu ! C'est sur un plan archéologique que Kakadu révèle aussi tout son intérêt et les premiers vestiges d'occupation humaine date de 40 000 ans. Les outillages en pierre polie mis à jour sont parmi les plus anciens au monde et des ateliers de préparations de pigments pour peintures rupestres datant de 18 000 ont été identifiés. Ces peintures exécutées à l'air libre sur des escarpements rocheux couvrent une très longue période chronologique, en clair depuis 20 000 ans jusqu'à une époque contemporaine et à ce titre elles constituent un fond documentaire fabuleux, renseignant sur les ressources vivrières, les techniques de chasse et de pêche, les organisations sociales, les cérémonies, les lois régissant la vie des groupes Aborigènes. Elles sont également le témoin d'espèces animales disparues comme le loup de Tasmanie et permettent d'apprécier les conséquences des interactions issues des contacts avec les pécheurs venus d'Indonésie et les Européens par la suite qui débarquèrent tour à tour sur le continent australien.

Il est à noter qu'aujourd'hui les Aborigènes continuent d'entretenir les peintures rupestres récentes et contribuent activement à maintenir l'équilibre de cet écosystème. Une des techniques par exemple consiste à allumer volontairement des feux à la fin de la saison humide. Les incendies sont alors de faible intensité et présentent peu de risque pour les habitants et les animaux. Ils permettent de "nettoyer la terre" et en créant un patchwork de terre brûlée dans le paysage, ils évitent les éventuels, dévastateurs car gigantesques incendies de la période sèche.

Cette terre, jamais je ne l'abîme.
J'en prends soin. Le feu n'est rien, juste un nettoyage.
Quand vous allumez un feu, la nouvelle herbe va revenir.
Et avec elle les bons animaux bientôt,
Peut-être iguane, opossum, kangourou.
Brûlons-la, la nouvelle herbe reviendra et une nouvelle vie sera partout.

Bill Neidjie - Clan Bunitj
Propriétaire Aborigène traditionnel.

Avec de telles promesses nous nous devions de consacrer du temps à la visite de Kakadu alors nous sommes partis pour trois jours en 4x4 pour en prendre la mesure. Actuellement, en Septembre, c'est la fin de l'hiver et donc de la saison sèche, mais ici dans le nord de l'Australie hiver ne rime absolument pas avec fraîcheur et c'est sous un soleil de plomb, 35 degrés et accompagnés de jour par les mouches pénibles et le soir par les moustiques (encore plus) que nous faisons cette fabuleuse visite du parc. Comme beaucoup de biens du patrimoine mondial, Kakadu connaît une très forte augmentation du nombre de visiteurs mais sa quantité d'absorption en la matière est très importante mais importe d'être adaptée. Les routes ne sont accessibles que raisonnablement en 4x4 et certains franchissements de terrains sableux, accidentés ou de rivières nécessitent de réelles compétences dans la conduite d'un tel véhicule.

Chris notre guide, brille dans ce domaine et nous régale d'anecdotes, de sa connaissance sur la flore et la faune (surtout dans le domaine du "petit" et nous observons le ballets d'abeilles noires ou le labeur et la défense agressive de fourmis arboricoles avec bonheur) et nous guide à travers les endroits remarquables du parc. Nous pourrons durant ces trois jours admirer à la faveur de quelques marches "réchauffantes", les peintures rupestres d'Ubirr, les cascades presque à sec en cette saison de Twin Falls, Jim-Jim, les gorges de Barramundi etc. Le soir en camping autour du feu de camp, Chris, très sensible à la culture aborigène, nous dispense un cours accéléré de Didgeridoo. C'est un instrument de musique traditionnel Aborigène : un tube d'un peu plus d'un mètre de long et 6 à 10 cm de diamètre issu d'une branche d'arbre creusée par les termites dans lequel on souffle. Le son produit par la vibration provoquée des lèvres est grave et peut être modulée en de longues phrases rythmées selon l'adresse du musicien.

Lors de la dernière journée nous parcourons en bateau à fond plat la Mary River avec un autre guide, Ted, littéralement passionné et passionnant sur cet écosystème. Les oiseaux et mammifères des lieux n'ont pas de secrets pour lui mais le point d'orgue d'une telle "croisière" est bien sûr... les crocodiles. D'eau douce (plus petits et plus fins) ou d'eau salée (plus massifs et atteignant plus de 6 mètres) ces reptiles pullulent littéralement dans cette rivière qui a une particularité thermique essentielle pour ces reptiles qui ont le sang froid. Une température de l'eau absolument toujours comprise entre 29 et 30 degrés et un air ambiant toute l'année à 33 degrés. C'est absolument parfait pour ces crocodiles qui doivent toujours se maintenir à plus de 30 degrés. Ted nous explique tout ou presque sur cet animal fabuleux, son parfait aboutissement depuis plus de 2 millions d'années, son métabolisme si caractéristique, sa technique de chasse et son caractère perpétuellement aux aguets dans cet environnement dans lequel il règne en tant que super prédateur incontesté.

Cette belle visite d'un des marais de Kakadu sera ponctuée par un évènement mémorable : de la pluie ! Une petite averse de 15 minutes, qui n'a l'air de rien, mais c'était la première depuis le mois d'Avril ! Le cochon noir qui sert d'animal de compagnie a Ted sur le bateau, né au début de la saison sèche, n'en croit pas sa truffe et devient hystérique et court comme un fou sous cette averse une fois les pattes revenues sur terre ! La saison humide ne saurait tarder maintenant en espérant qu'elle tienne toutes ses promesses cette année... Bref ces trois jours passeront à la vitesse de l'éclair et finalement ne suffiront pas, soyons honnêtes, à avoir une vue d'ensemble et détaillée du parc si étendu. Mais la magie a opéré et il serait très intéressant de revoir Kakadu en saison humide quand l'eau envahit les plaines inondables et change la face de cet écosystème.