dimanche 3 décembre 2006
Presqu'île de Valdés
Par Les Cousins Migrateurs, dimanche 3 décembre 2006 à 20:00 :: Argentine - Presqu'île de Valdés

Située sur la côte est de l'Argentine dans la province de Chubut en Patagonie, la péninsule de Valdés est un paradis pour les amoureux de la faune. Cette presqu'île de 4000 km² qui s'avance dans l'océan atlantique est caractérisée par une série de baies et de golfes, de falaises parfois hautes de plus de cent mètres et de plages de sable fin. Heurtées par l'océan les lagunes sont mouvantes et des dunes de sable complètent le paysage côtier de la péninsule. Quand la province de Chubut supporte un climat sec faisant que la végétation principale en Patagonie n'est qu'une steppe désertique, la presqu'île de Valdés bénéficie d'un climat insulaire qui lui assure une plus grande diversité végétale, certaines espèces étant endémiques. Si la péninsule peut déjà ravir l'amoureux des plantes, elle se révèle dans toute sa beauté et sa diversité écosystémique pour les animaux qu'elle abrite.

Classée en 1999 par l'Unesco, la presqu'île est un lieu incontournable pour nombre d'espèces de mammifères marins et en ce début décembre, c'est à la faveur d'un tour organisé que nous avons pu en prendre la mesure. Le tour organisé est l'une des meilleures façons de visiter la presqu'île car, éloignée de tout centre urbain d'une petite centaine de kilomètres, son accès n'est pas si aisé et le fait que toutes les terres de l'île soient privées (bien que classées par l'Unesco) n'autorise pas la circulation libre et anarchique. C'est donc sur un circuit établi que nous nous embarquons et le premier arrêt dans le petit musée de la presqu'île nous renseigne sur les animaux à y découvrir. Sur terre on observera durant cette journée des renards, des armadillos (famille du lama), des maras (sorte de très gros lièvres patagoniens) et quantité d'oiseaux. Mais c'est dans l'eau et sur les plages que les stars de l'île nous attendent.

Nous embarquons donc rapidement dans un bateau depuis Port Pyramides pour aller à la rencontre des baleines franches qui ont élu domicile dans la baie protégée de la péninsule. Les baleines franches tirent leur nom de "Right Whale" en Anglais, qui signifiait au début du siècle dernier les bonnes baleines à chasser... Placides, curieuses, lentes, grosses et flottant même une fois abattues, les baleines franches ont frôlé l'extinction totale. Heureusement une série de mesures conservatoires et l'interdiction pure et simple de la chasse par presque tous les pays du globe ont sauvé l'espèce. Les baleines franches viennent dans ces eaux chaudes et peu profondes de la péninsule Valdés pour s'accoupler et donner naissance à leur petit. Arrivant sur place au moi de mai ou juin, les baleineaux ont 6 mois environ pour faire leur éducation car le temps presse. Les baleines adultes jeûnent depuis des mois et en décembre toute la colonie, qui peut compter jusqu'à plus de 800 individus, partira en direction du pôle sud où les eaux froides leur offriront les quantités colossales de krill nécessaires à leur alimentation. En attendant et pendant tout le temps passé dans la péninsule Valdés, les baleines vivront sur leurs réserves de graisse et alimenteront leurs petits avec un lait très riche (70% de matière grasse) qui favorisera leur croissance très rapide.

Le baleineau pendant cette période pourra grandir de 5 centimètres et prendre plusieurs dizaines de kilos par jour. Ces 6 premiers mois seront cruciaux dans son éducation. Il devra apprendre à nager, à retenir sa respiration, à plonger profond et à chasser. Une fois la migration commencée, ils laissera derrière lui le havre de paix sécuritaire qu'est la péninsule et devra affronter les éléments marins, endurer les journées de nage fatigantes au côté de sa mère et ensemble éviter les orques friands de baleineaux. En ce début décembre la migration a déjà commencé depuis quelques jours et le nombre de baleines à considérablement diminué. Alors qu'il y a encore peu de temps on pouvait observer des centaines de cétacés qui se baignaient à parfois moins de 20 mètres des côtes, il nous aura fallu faire un petit trajet en bateau pour observer plusieurs couples "mère baleineau" qui s'attardent dans la baie. Tout le monde à en tête l'image de baleines sautant hors de l'eau (pour se débarrasser des parasites incrustés dans leur peau) ou encore d'une queue dressée hors de la surface (pour jouer ou pour communiquer en heurtant la surface).

Ces images sont exceptionnelles et rares, et ce matin le spectacle était plus "normal"... c'est à dire des baleines somnolentes dont juste un petit bout (le haut de la tête et les orifices respiratoires) dépassent hors de l'eau. Mais comme les petits sont moins sages et plus turbulents, nous aurons pu observer quelques nageoires hors de l'eau à la faveur de leur agitation. De toute façon se trouver à quelques mètres de ces géants des mers pouvant atteindre 16 mètres de long est un moment magique et l'heure de sortie passe bien vite.

Il est temps de refaire beaucoup de kilomètres pour aller sur la côte est de l'île, la plus avancée dans l'océan atlantique pour y découvrir les colonies de lions de mer du sud. Comme pour les baleines, la saison touche à sa fin et le millier d'individus qui peuple les plages au plus fort de la saison est réduit à quelques dizaines mais le spectacle est bien sympathique et le chemin piétonnier aménagé sur la berge permet d'avoir une bonne vision sur la colonie sans la déranger.

Les orques aussi s'invitent au ballet mais pas en cette saison. C'est entre février et avril qu'ils se jettent sur les côtes. Et ils s'y jettent au sens propre car sur les plages de la péninsule Valdés ils ont développé une technique de chasse au lion de mer bien spécifique. Ils profitent de la marée haute et des grosses vagues pour venir s'échouer violement sur le sable et attraper au passage un lion de mer qui s'y repose. La vague suivante ramènera l'orque en mer avec sa proie. Technique unique, fructueuse et très impressionnante mais également très risquée. Le jeune orque l'apprenant n'aura qu'un essai pour en comprendre les subtilités. Si c'est un échec le risque est de rester coincé au sec sur la plage et d'y périr....

Le dernier arrêt de la longue journée sera pour visiter une petite colonie de pingouins magellan. Ils sont peu nombreux ici car les centaines de milliers de leurs congénères s'installent généralement à 200 kilomètres plus au sud de la péninsule du coté de Punta Tombo. Les quelques dizaines de représentants de l'espèce bénéficient du calme de la presqu'île car le tourisme contrôlé et maîtrisé ne les dérange pas. Il semble que du côté de Punto Tombo la présence le l'homme finisse par fatiguer les pingouins et un mouvement de déplacement de la colonie vers des terres plus tranquilles semble s'être amorcé depuis une année ou deux.

La presqu'île de Valdés est un havre de paix pour tous ces animaux marins et voilà un endroit qu'il faudrait visiter plusieurs fois à des saisons différentes pour en apprécier tous les visages. Aujourd'hui nous en aurons découvert un aspect calme à un moment clé qu'est la période de migration et tout visiteur de passage en Argentine entre avril et décembre devrait prévoir de passer par la péninsule pour découvrir à la faveur d'une longue journée de tourisme, quelques beautés animalières uniques que recèle notre planète. Et qui sait, peut-être observerez vous le spectacle sûrement inoubliable de la chasse d'un orque ou de celui d'une baleine franche jaillissant hors de l'eau...
