vendredi 26 août 2005
Robben Island
Par Les Cousins Migrateurs, vendredi 26 août 2005 à 10:55 :: Afrique du Sud - Robben Island

Robben Island, classée par l'Unesco en 1999, est le dernier site du patrimoine mondial que nous visitons en Afrique avant de nous envoler vers l'Australie. Il s'agit d'une petite île située à une petite dizaine de kilomètres du continent, au large de Cape Town (Le Cap). Elle tient tristement sa célébrité notamment de son ancienne prison, aujourd'hui devenue musée, dans lesquels les prisonniers politiques sous le régime de l'apartheid étaient enfermés. Nelson Mandela y fut incarcéré pendant 18 ans (de 1964 à 1982), avant d'être transféré successivement dans les prisons de Pollsmoor (à Cape Town, de 1982 à 1988) et de Victor Verster (près de Paarl, de 1988 à 1990) et d'être finalement libéré après un total de 26 ans d'emprisonnement en 1990 et de devenir président de l'Afrique du Sud en 1994.

Robben Island est un symbole de la victoire de l'esprit humain sur l'emprisonnement, la souffrance et la ségrégation pour le pays comme pour le reste du monde. Son histoire est riche d'événements depuis la fin du XVe siècle ; c'est toutefois depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle que l'occupation de l'île devint continue comme en témoignent divers bâtiments et habitations. C'est en 1657 que Jan van Riebeeck fit de l'île une colonie, après que la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales prenne conscience de l'intérêt de la région. Ce fut rapidement les esclaves et les prisonniers de guerre qu'il envoya sur l'île pour casser des pierres servant à la construction de la ville du Cap. En 1795 les britanniques prirent la région aux néerlandais et poursuivirent la destinée carcérale de Robben Island, y envoyant prisonniers militaires, politiques et de droit commun. Toutefois, en 1846 la prison fut fermée et ce fut une infirmerie générale pour malades mentaux, malades chroniques et lépreux qui fut installée sur l'île, avant de ne devenir finalement plus qu'une léproserie, qui ferma finalement en 1931. C'est alors un rôle de réserve militaire qui fut attribuée à Robben Island à partir de 1936, servit d'avant-poste de défense pendant la guerre puis de camp d'entraînement ensuite. La tradition pénitentiaire de l'île revit le jour à partir de 1959 ; en 1961 et 1962 arrivèrent respectivement les premiers prisonniers de droit commun et politiques. Robben Island resta alors pendant 30 ans une prison de haute sécurité pour les opposants au régime de l'apartheid, jusqu'à la libération des derniers prisonniers en 1991 puis sa fermeture définitive en 1996.

On ne peut visiter l'île que d'une seule façon, en participant à un tour guidé d'environ deux heures dans la prison et dans les alentours. L'organisation générale de ces visites nous a paru irréprochable. Ayant pré-réservé nos tickets par carte bleue deux jours plus tôt (préférable car ces visites ont un grand succès), nous rejoignons le quai d'embarquement situé dans le magnifique port de Cape Town. Un ticket coûte 150 rands par personne (environ 22 euros), ça n'est pas donné mais c'est de l'argent bien dépensé. Le bateau, ponctuel, nous emmène en une petite demi-heure sur l'île où nous sommes accueillis par notre première guide, une femme noire du nom de Lozuko, charmante et pleine d'humour, qui nous conduit en bus autour de l'île. Bien sûr, s'il y a une chose à regretter c'est probablement d'être obligé d'effectuer ce tour guidé avec une trentaine d'autres visiteurs, mais pour une fois la qualité de notre guide nous permet de ne pas trop souffrir de cet effet de masse. Tout en écoutant les explications de Lozuko, Nous découvrons divers bâtiments issus des différents épisodes de l'histoire de l'île : installations militaires, église et cimetière des lépreux, habitations et bien sûr la pison que nous visiterons plus tard. Après avoir pu profiter d'un point de vue magnifique sur la côte du continent et notamment de Cape Town et de la fameuse "Table Mountain" en arrière plan, une montagne surmontée d'un immense plateau derrière la ville, nous nous arrêtons à la carrière de pierres de calcaire qui servait à la construction des routes de l'île. Les prisonniers politiques qui y creusaient profitaient de ce lieu pour discuter des futures décisions à prendre pour le pays, espérant et anticipant leur libération. Nelson Mandela, qui fut l'un d'entre eux, revint il y a quelques années avec d'autres anciens détenus ; ils déposèrent quelques pierres à l'entrée de la carrière, comme pour marquer le point où les prisonniers avaient commencé à creuser. Le monticule de pierres ainsi formé est toujours là.

La deuxième partie de la visite est consacrée à la prison elle-même. Pour ce faire, c'est un autre guide, Sipho, qui prend le relais de Lozuko. Tous les guides dans cette prison sont des anciens détenus, ce qui fait évidemment la particularité d'une telle visite. Sipho n'évite aucune question et répond sans détour à toutes les questions qui peuvent lui être posées, ce qu'il nous incite à faire d'ailleurs. Lorsque nous lui demandons combien de temps il fut enfermé, il nous répond "oh, seulement cinq ans". SEULEMENT cinq ans !... Il nous explique qu'après avoir été condamné à 17 ans d'emprisonnement et à s'être donc préparé à l'idée de rester emprisonné aussi longtemps, sa libération après cinq années lui aura finalement paru "court"... Sipho fit en effet partie des derniers prisonniers libérés en 1991. Il nous mène à la découverte des cellules et des autres parties de la prison, tout en nous racontant certaines anecdotes et en nous précisant plusieurs détails de la vie de tous les jours. Ses paroles, tout comme celles de Lozuko, sont régulièrement empreintes de messages de réconciliation et d'espoir pour les années à venir. C'est tout à l'image de la réussite de ce qu'il a été fait de ce lieu : Robben Island se veut désormais, pour les Sud-africains, le symbole de la fin d'une époque sombre pour le pays. Plus encore que pour garder en mémoire les atrocités à ne plus commettre, c'est véritablement un rôle positif que le gouvernement, nous semble-t-il, souhaite donner à l'île afin de véhiculer un esprit de fraternité entre les races et les peuples pour le futur, et non attiser une rancoeur vis-à-vis du passé. L'Afrique du Sud, comme nombre d'autres pays d'ailleurs, a malheureusement encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre ce genre d'objectif , si l'on constate le taux élevé de criminalité et d'agressions à travers le pays. En attendant, la visite de Robben Island nous a paru tout aussi enrichissante qu'incontournable lors d'un passage à Cape Town. L'Unesco l'a d'ailleurs très bien compris et marque son implication absolument partout : le sigle du patrimoine mondial est présent sur les casquettes et vestes des guides, et toute une série d'habits arborant ce même sigle peuvent être achetés dans les magasins de souvenirs. Depuis le début de notre voyage il y a quatre mois, c'est véritablement sur ce site que nous ressentons le plus fortement l'omniprésence de l'Unesco. Et l'on ne peut que s'en réjouir si cela permet d'entretenir l'état et l'esprit de cette prison honteuse devenue musée et message positif pour les générations à venir.

