Zone archéologique de Chan Chan
Par Les Cousins Migrateurs, mercredi 14 février 2007 à 22:28 :: Pérou - Zone archéologique de Chan Chan :: #99 :: rss

Le site archéologique de Chan Chan est situé au nord du Pérou et fut la capitale du royaume Chimu. Ce royaume connut son essor jusqu'au XV ème siècle avant de succomber premièrement aux conquêtes Incas et aux conquistadores espagnols dans un second temps. Francisco Pizarro, encore lui, fut favorablement accueilli par les Chimus qui détestaient les Incas, et l'espagnol construit en 1535 à quelques kilomètres, une ville portant le même nom que sa ville natale : Trujillo. Dès lors Chan Chan fut abandonné progressivement.

Dans cette vaste vallée désertique, les Chimus avaient mis en place un système d'irrigation imposant, recueillant l'eau d'une rivière distante de 80 kilomètres et aujourd'hui on ne peut pas apprécier ni s'imaginer la fertilité de cette région tellement aride. Le déclin de la cité, les pilleurs de tombes (de l'époque des conquistadores mais aussi contemporains) et l'érosion naturelle ont plongé Chan Chan dans un état de dégradation avancée. En effet toute la cité, qui s'étend sur une vingtaine de kilomètres carrés, fut construite en adobe, c'est à dire en brique d'argile mêlée à de la paille. Si à l'époque les structures étaient protégées des rares pluies, du vent, de l'air salin (nous sommes en bord de mer) par des toits en bois, tous ceux-ci ont disparu dès le XVII ème siècle, laissant vulnérables les murs et les structures architecturales de Chan Chan.

Des relevés géographiques précis furent menés en 1969 par une mission de l'université de Harvard, mais la vulnérabilité même du site fait que certaines structures référencées ont aujourd'hui quasiment disparu. Si l'Unesco a classé ce site en 1986 sur la liste du patrimoine mondial, il est aujourd'hui également sur la liste des sites en danger car la conservation fait face à de nombreux problèmes et à des décisions cornéliennes. Il s'agit aujourd'hui de savoir si les fouilles doivent être systématiquement menées, mettant en péril la sauvegarde de l'architecture d'adobe, pour récupérer avant les pillards des biens archéologiques précieux. Entre 1964 et 1969, la restauration massive du Palais Tshudi, très contreversée, a permis de "sauver" une zone importante du site mais cela compromet l'intégrité de l'ensemble et se soumet aux exigences d'un tourisme grandissant. Aujourd'hui la tendance semble être à la conservation et non à la restauration, mais comment conserver 20 kilomètres carrés d'architecture d'adobe dont l'érosion est inéluctable ?

Effectivement ce qui frappe le visiteur c'est la grandeur du site. Pour notre visite, un bus local nous aura déposés sur la route (qui accessoirement coupe le site littéralement en deux) et il faut marcher un bon kilomètre sur un chemin s'avançant à travers les monuments en ruines et les dunes de sable pour atteindre "l'entrée" du site qui n'est autre que l'entrée du palais Tschudi précédemment mentionné. La zone centrale de Chan Chan s'étend sur 6 km² et comporte 9 palais, chacun ayant appartenu à un gouverneur. Quand celui ci mourait, son fils héritier en faisait construire un nouveau.

Chaque palais constitue une unité autonome dans laquelle vivaient un peu plus d'une centaine de personnes. Grâce aux restaurations menées dans les années 60, et malgré la contreverse soulevée sur la légitimité de reconstruire un lieu sur des suppositions archéologiques, le visiteur peut apprécier la beauté imposante de l'ensemble. Places cérémonielles, bassins d'eau douce, murs sculptés ou ornés de bas reliefs évoquant l'univers côtier et marin, logements privatifs, "bureaux", jardins, vergers et cimetières se laissent découvrir et grâce à notre guide, la civilisation Chan Chan et son mode de vie (du moins dans l'enceinte de ce palais) sortent de l'oubli.

Heureusement qu'il y a ce palais Tschudi restauré à visiter car il faut avouer que les kilomètres carrés s'étendant à perte de vue aux alentours de part et d'autre de la route ressemblent plus à des dunes de sables d'où émergent ici et là un mur, une enceinte et qui sont pour le néophyte visiteur, tout sauf parlants ou séduisants. Une petite réflexion pécuniaire. Le ticket donnant accès à 3 zones visitables et au musée du site coûte 11 soles c'est à dire 2,5 euros. Vu l'ampleur de la tache à la préservation et à la restauration, on ne peut s'empêcher de comparer avec les 40 dollars US d'entrée pour le site du Machu Picchu dont la préservation semble moins délicate et urgente.

Si aujourd'hui le site de Chan Chan est classé en péril, sa sauvegarde passera bien sûr par le moyen financier alloué. Alors sans vouloir prôner pour un ticket d'entrée à 40 US $, peut être faudrait-il redistribuer si possible la manne financière touristique du pays en faveur d'un site qui est menacé de disparition complète dans les décennies à venir si rien n'est fait pour sa sauvegarde à grande échelle. Mais tout le problème est là : Chan Chan cumule les extrêmes : une civilisation incroyable dans son génie architectural, la vulnérabilité même de ces bâtiments d'adobe, la taille démesurée du site, les difficultés et les chalenges s'accumulent. L'expression "un géant au pied d'argile" prend tout son sens à Chan Chan.


Commentaires
1. Le dimanche 26 août 2007 à 10:23, par abraham azoulay
2. Le samedi 8 septembre 2007 à 12:23, par JLB
3. Le mercredi 10 octobre 2007 à 16:08, par Photine
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