La mythologie attribue la naissance de la ville de Cuzco à l'Inca Manco Capac qui au 12 ème siècle aurait reçu du soleil un sceptre d'or à enfoncer dans un sol fertile pour en désigner l'emplacement de la capitale du royaume Inca. Du 12 ème au début du 15 ème siècle le royaume inca fut pour le moins discret, mais le neuvième inca, Pachacutec donna le premier goût de la conquête après avoir sauvé Cuzco des envies d'expansion de leurs voisins Chancas. Ayant réussi à rallier et à galvaniser l'armée inca, les 25 années suivantes furent le théâtre d'une expansion de son empire, s'étendant alors jusqu'aux frontières des actuels Colombie et Equateur au nord, et jusqu'au désert du Chili au sud. C'est sous le règne du fils de Pachatutec, Tupac Yupanqui que le royaume inca atteignit son apogée en terme d'expansion. Huayna Capec, le 12 ème inca, régna le dernier sur l'empire unifié et c'est à la même époque que les espagnols arrivèrent dans le nouveau monde. Peu avant sa mort (sûrement à cause d'une maladie d'origine européenne), Huayna Capec divisa son royaume entre ces deux fils, Atahualpa (né d'une mère Quitan), qui prit le nord, et Cuzquenan Huascar (né d'une mère Inca) qui prit le sud. Une guerre civile éclata entre les deux frères pour la possession de tout le royaume et ceci signa la fin de l'empire inca.

Concernant Cuzco, la ville ne devint réellement importante qu'au XV ème siècle à la suite de luttes contre les Chancas précédemment évoquées et qui auraient nécessité la reconstruction de la cité. Cette reconstruction durant probablement vingt années et mobilisa 50 000 ouvriers. Pachacutec (1438 - 1471), à qui l'on doit l'aménagement du Machu Picchu, désira créer une ville idéale. Ceci passa par la canalisation des deux rivières qui menaçaient par leurs crues l'ancienne cité, et par une hiérarchisation urbaine extrêmement organisée. Les fonctions religieuses et administratives étaient regroupées dans le centre urbain avec les résidences de la noblesse inca, alors que les alentours étaient dédiés à la production agricole, industrielle et artisanale.

En 1532 Atahualpa était sur le point de vaincre son demi-frère Huascar lors de la guerre civile inca, et profitant de cela et du fait que le royaume était affaibli, Francisco Pizarro marcha sur Cuzco en 1533. Capturant et tuant Atahualpa, Pizarro prit le contrôle de l'empire avec l'appui de ceux qui soutenaient Huascar et installa Manco Inca comme "marionnette dirigeante" des Incas. Les espagnols furent frappés par la ville de Cuzco dont l'organisation était si ressemblante aux cités européennes de la Renaissance. Ils conservèrent donc le plan général de la ville et se limitèrent à détruire les édifices qui n'étaient pas en accord avec leurs valeurs et la religion chrétienne. Ils gardèrent souvent les fondations des bâtiments Incas pour édifier les édifices religieux chrétiens et espagnols. En autres exemples, l'actuelle place centrale est l'ancienne Huaccapayta, centre de l'empire inca, la cathédrale se dresse dès 1560 sur les restes du palais de Viracocha et le couvent Santo Domingo surplombe les restes du temple du soleil Coricaucha.

Le charme de Cuzco réside en grande partie dans cette agglomération, ce mix architectural entre la période inca et la colonisation espagnole. Les rues rectilignes bordées de bâtiments aux murs de granit, les pierres étant assemblées, empilées parfaitement sans cémentation entre les blocs, sont les principaux vestiges incas que le visiteur peut apprécier au hasard de la flânerie dans le centre historique de la ville de Cuzco. De la ville coloniale subsistent des maisons basses, des palais et surtout des églises de styles baroque qui comme par magie s'accordent parfaitement avec le style inca sous-jacent. En 1983 l'Unesco a classé la ville de Cuzco sur la liste du patrimoine mondial et aujourd'hui cette ville bénéficie amplement de cette reconnaissance. Voir en abuse parfois il nous semble.

Cuzco est en effet le point de départ incontournable pour visiter le Machu Picchu, merveille du pays. Ce sont alors des centaines de touristes qui débarquent dans l'ancienne capitale inca quotidiennement et aujourd'hui la ville cède doucement à la facilité liée à la manne financière que représente le voyageur de passage. Un exemple, pour visiter les sites archéologiques situés autour de Cuzco et dans la vallée sacrée nous devons nous acquitter d'un billet coûtant déjà plus de 15 euros. Cela inclut quelques musées en ville mais les édifices principaux comme le couvent Santo Domingo et surtout la cathédrale et les églises espagnoles requièrent l'achat de nouveaux billets d'entrées et c'est à chaque fois deux ou trois euros qu'il faut débourser ce qui est une somme considérable au regard du pouvoir d'achat local. A la fin la facture est lourde et le côté extrêmement mercantile de la ville fatigue. D'un autre côté l'urbanisation dans le centre historique semble bien maîtrisée et les vestiges ne semblent pas soumis à une pression dangereuse.



Ce n'est pas la même chose pour les faubourgs de Cuzco. La ville croit à bonne vitesse et les collines de cette vallée andine encaissée se couvrent peu à peu de maisons précaires, l'attrait financier et touristique de la ville appelant chaque année de plus en plus de péruviens en quête d'un meilleur confort de vie. Pour le visiteur de passage il faudra consacrer plusieurs jours à la visite de la ville de Cuzco et de ses environs afin de découvrir l'histoire et les richesses de l'empire inca et de juger des effets de la conquête espagnole dans cette région péruvienne.