Paysage culturel de la vallée de l'Orkhon
Par Les Cousins Migrateurs, lundi 17 juillet 2006 à 04:26 :: Mongolie - Paysage culturel de la vallée de l'Orkhon :: #69 :: rss

Le plus grand empire que le monde ait jamais connu est né dans les steppes du centre de l'actuelle Mongolie. En 1162 voit le jour Temujin, que l'on connaît bien mieux sous le titre de Gengis Khan (roi universel) et qui déclara la création de l'empire Mongol en 1206 avec lui-même à sa tête. Son génie militaire et sa soif de conquêtes assurèrent rapidement l'expansion de son royaume passant déjà par la réunification de toutes les tribus locales qui jadis se combattaient. Instituant sa capitale dans la ville de Karakorum (l'actuelle Kharkhorin), il lança ses cavaliers à travers la Russie et la Chine pour étendre son empire et ce avec succès. A sa mort en 1227 ses conquêtes l'avaient porté vers l'ouest jusqu'à la mer Caspienne et l'actuel Kazakhstan.

Ogedei, le fils préféré de Gengis Khan pris le relais et étendit encore l'empire vers l'ouest jusqu'à la Pologne. La mort de ce nouveau Khan épargna de peu l'Europe des invasions de hordes Mongoles. Kubilai Khan le successeur devint pour sa part le premier empereur de Chine de la dynastie Yuan et établit sa capitale dans l'actuelle Beijing et accessoirement rencontra en 1274 le jeune Marco Polo ! De là, l'empereur comprit que la limite de l'expansion était atteinte et concentra ses efforts à garantir l'intégrité et la solidité de cet empire colossal. Le legs laissé par Gengis et ses descendants fut énorme : l'écriture Mongole apparut, la tolérance religieuse fut instaurée, un réseau de routes sillonna cette partie entière du monde, le premier système postal (rapide car à cheval non-stop) fut mis en place et les disciplines artistiques furent soutenues faisant renaître l'art Mongol. Un autre côté, plus sombre, tient les conquêtes Mongoles responsables de la disparition de nombreuses cultures d'Asie centrale ayant succombé aux invasions violentes. Le déclin progressif de cet empire ne s'amorça qu'au début du XV ème.

Ces conquêtes ont eu comme conséquence quasi-directe l'instauration d'échanges commerciaux très importants et comme la capitale de Gengis Khan était Karakorum, cette ville et ses environs en ont directement bénéficié. Les influences Orientales, Occidentales et Chinoises se sont retrouvées mêlées dans l'architecture et par exemple les bâtiments encore visibles dans l'ancienne capitale arborent colonnes de style islamique et toits de style chinois ! Cette ancienne capitale se situe dans la vallée de l'Orkhon, à quelques 350 km au sud-ouest de la capitale Oulan Bator et depuis 2004 l'Unesco a classé cette vallée sur la liste du patrimoine mondial et ce, à plusieurs titres. L'Orkhon est une rivière qui traverse cette partie du pays et les cours d'eau étant relativement rares dans cette région, les peuplades et tribus nomades s'installèrent de part et d'autre de la rive afin de bénéficier des conditions favorables à l'épanouissement de leurs troupeaux et donc de leur société. Aujourd'hui de nombreux vestiges architecturaux et archéologiques témoignent des liens symbiotiques tissés entre les sociétés pastorales et les centres administratifs et religieux instaurés sous Gengis Khan. De plus ces zones sont toujours occupées de façon traditionnelle par les familles nomades mongoles qui considèrent le type de vie nomade comme le plus noble qui soit et grâce à cela font vivre des traditions millénaires.

C'est dans un 4x4 russe que nous avons sillonné la Mongolie pendant trois semaines et bien sûr nos pas (ou nos tours de roues) nous ont menés vers la vallée de l'Orkhon mais après une boucle dans le désert de Gobi, où l'aridité et la dureté de la vie de style nomade nous a permis de comprendre réellement la valeur de cette vallée de l'Orkhon si verdoyante. Nous avons, grâce à Bor notre chauffeur, pu rencontrer de nombreuses familles nomades et à vrai dire, grâce à lui et bien sûr grâce à la fabuleuse hospitalité Mongole nous avons eu la chance de goûter et d'apprécier la vie pastorale locale loin des "tourist camps" et donc au plus près de la vie réelle locale.

Rassembler les bêtes, organiser les traites successives (juments, chèvres, moutons, vaches), couper le bois pour le feu, tout cela fait partie de l'héritage bi millénaire de ce peuple.

Fut au programme pour ne rien gâcher, dormir dans leurs yourtes avec les familles et déguster avec eux les plats traditionnels souvent à base de mouton mais encore plus de produits "blancs" (lait, crème, yaourt, lait de jument fermenté, fromage etc.) en cette période estivale.

C'est aussi dans ces yourtes que nous avons pu constater les influences religieuses issues du métissage culturel mongol. En effet si dans quelques zones du pays subsistent des poches Chamanistes, la plupart des Mongols sont aujourd'hui Bouddhistes. Cette religion s'est étendue dans tout l'empire à partir du XIII ème siècle et devint même la religion officielle en 1586. Nous avons pu visiter un des sites les plus importants du bouddhisme Mongol qu'est le monastère d'Erdene Zuu établi à Karakorum (Kharkhorin) à la fin du XVI ème siècle.

Malgré les destructions massives et aveugles qui ont sévi dans le pays au début du XX ème siècle sous l'influence athée Russe, il subsiste encore de beaux monuments dans l'enceinte fortifiée du monastère. Entouré d'un grand mur blanc ponctué de 108 stupas, le monastère renfermait originellement 62 temples dont seuls une vingtaine subsistent aujourd'hui. Quelques uns sont en rénovation et sous l'égide de l'Unesco et grâce à la bonne volonté et aux efforts du gouvernement les restaurations avancent... Lentement mais elles avancent. En effet d'une façon transversale à tous les monuments protégés de la vallée de l'Orkhon, l'argent manque.

C'est peut-être le plus gros soucis auquel doit faire face la Mongolie avec l'absence de gestion globale des structures et de l'encadrement de protection et de restauration. Les Russes avaient infligé de sérieux dommages aux monastères et d'une façon générale, depuis 1990, la prise de conscience alliée à l'ouverture du pays a permis d'entreprendre la sauvegarde de ce patrimoine. Le monastère de l'ermitage de Tuvkhun, celui de Shankh, le palais de la colline de Doit, les anciennes villes de Talyn dorvoljin, d'Har bondgor, de Bayabgol am, des tombes et les montagnes sacrées de Hangai Ovoo et Undor Sant, tous sont aujourd'hui inclus dans la zone classée et donc protégés par l'état mongol sous l'égide de l'Unesco. Le tourisme est aujourd'hui considéré comme une ressource profitable permettant d'entretenir des monuments, du moins si ils sont visitables et si ils demandent un droit d'entrée. Des investissements locaux et étrangers débloquent des fonds pour la restauration et l'entretien, et devant les valeurs historiques et culturelles évidentes on ne peut que souhaiter le succès d'une telle entreprise qui passera sans doute par une gestion globale fine ce qui semble encore faire défaut à l'heure actuelle. Mais encore une fois la bonne volonté du gouvernement est à souligner et même si les moyens sont limités ils sont mis en oeuvre pour garantir une bonne protection de la vallée de l'Orkhon.

Le dernier "élément" classé est le mode de vie pastoral nomade des Mongols. En ce sens la vallée et une zone tampon l'encadrant sont et seront toujours mis à disposition de famille nomades mais les constructions sédentaires ne sont que rarement autorisées et l'influence du tourisme grandissant est très étroitement surveillée afin qu'elle ne vienne pas interférer avec le style de vie pastoral nomade. L'état encore une fois a pris ses responsabilités en mettant en oeuvre les moyens nécessaires à la protection de la vallée et de ses biens. Bien sûr certains risques comme l'essor démographique, le surpâturage, le tourisme en augmentation, les pistes et routes anarchiques (il n'existe quasiment pas de voies bitumées), le vandalisme et les vols pèsent sur la vallée de l'Orkhon mais le plan de gestion est ambitieux et l'état veille aujourd'hui et se penche sur ces points délicats.

Nous avons donc passé trois semaines en Mongolie et quatre jours dans la vallée de l'Orkhon et ses environs. Nous avons pu juger, non seulement de la beauté de l'endroit, que tous s'accorderont à définir comme magnifique, mais aussi des qualités humaines évidentes dont font preuve les Mongols nomades. Ce sont ces mêmes nomades qui huit siècles auparavant sous l'impulsion de Gengis Khan ont conduit au développement commercial, culturel, religieux et administratif qui a rayonné de la Chine aux frontières de l'Europe. Ils ont influencé toutes les sociétés que cet empire grandiose a touché et en ont, en retour, absorbé les influences dans un véritable échange de valeurs humaines. En ce sens la vallée de l'Orkhon est un exemple splendide illustrant les étapes significatives de l'histoire humaine.


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