Trois sites classés par l'Unesco visités en quatre jours, et tous des grottes ! Nous pourrions nous lasser, que nenni ! Les grottes d'Elephanta furent impressionnantes, celles d'Ellora éblouissantes, qu'allait donc nous réserver Ajanta...?! Classées sur la liste du patrimoine mondial depuis 1983, les grottes d'Ajanta ont plus d'un atout pour épater et séduire le visiteur qui a eu le courage de se rendre dans cette région éloignée de l'Inde.

Tout d'abord par leur histoire originale : en 1819, un groupe de chasseurs anglais découvre par hasard un ensemble de 30 grottes taillées dans la paroi d'une gorge, sur une étendue de plusieurs centaines de mètres. On imagine aisément l'excitation qui a dû empreindre à l'époque les historiens et autres archéologues, qui découvrirent là des excavations phénoménales, et creusées à des époques différentes, uniquement à la force du marteau et du burin. Il est établi que toutes ces grottes sont bouddhiques mais d'inspirations différentes. Les grottes les plus anciennes furent achevées aux Ier et II ème siècle av. JC et sont issues du Bouddhisme hinayana, alors que les plus récentes datent du V ème et VI ème siècle ap. JC et proviennent de l'école mahayana. Le déclin du Bouddhisme en Inde et l'émergence de la voisine Ellora eurent pour conséquences l'abandon puis l'oubli progressif des grottes d'Ajanta.

En visitant un panel bien choisi de ces 30 grottes (numérotées pour faciliter le repérage), nous avons pu profiter du second atout majeur de cet ensemble bouddhique : sa diversité. Une première distinction se fait naturellement par les deux écoles bouddhiques présentes ici : cinq grottes sont de conception hinayana (les n° 8, 9, 10, 12 et 13), les autres sont des grottes mahayana. Ensuite, nous pouvons distinguer d'une part les chaitya (que l'on peut décrire comme salles de prière), que sont les grottes n° 9, 10, 19, 26 et 29, alors que les grottes restantes sont des vihara (monastères). Ces derniers ont pour la plupart la forme d'une grande salle ornée de piliers et présentant, au fond, une grande statue de Bouddha. Les quatre murs sont souvent ornés de peintures extraordinaires, qui font la gloire d'Ajanta. Nous y revenons dans un instant.

Nous avons pénétré dans trois chaitya, véritablement somptueux. Celui de la grotte 26, le plus imposant des deux par la taille, présente entre autres un superbe Bouddha couché. Les nombreuses sculptures sont, reconnaissons-le avec plaisir, admirablement mises en valeur par d'habiles jeux de lumière.

Enfin, plusieurs grottes sont inachevées ; chacune atteignit un degré de réalisation différent, ce qui permet de se figurer utilement les différentes étapes de l'excavation et des sculptures. La grotte 4, par exemple, présente un état très avancé d'une réalisation classique de vihara. On y distingue de magnifiques statues de Bouddha, et la décoration des murs et de certains piliers avait été bien entamée. Toutefois, dans l'un des coins de cette grande salle, une partie du plafond n'est pas "terminée" : il est à cet endroit irrégulier et nettement plus bas que le reste. La grotte 5, quant à elle, n'en est qu'à une ébauche (qui a quand même probablement représenté déjà plusieurs années de travail...!). Quant à la grotte 24, elle montre bien la procédure suivie à l'époque pour de telles réalisations : création de "tranchées" perpendiculaires à la paroi puis entreprise des sculptures via ces tranchées.

Nous l'évoquions plus haut, les grottes d'Ajanta sont, pour la plupart, décorées de splendides peintures murales. La technique utilisée ici est la suivante : la paroi rocheuse est recouverte d'une couche d'argile mélangée à de la bouse de vache et des enveloppes de grains de riz, ce qui forme une couche de 1cm d'épaisseur. Celle-ci est ensuite légèrement enduite de chaux pour disposer d'une surface lisse (puis polie pour faire ressortir un aspect brillant), que l'on peint alors en utilisant des couleurs issues de minéraux et ocres. Ces peintures ne doivent pas être confondues avec des fresques, qui sont elles le résultat d'une peinture appliquée sur une surface humide, s'imbibant de la couleur.

Certaines de ces peintures sont étonnement bien conservées. Malheureusement, la grotte 10 témoigne de la bêtise de certains : les peintures des parois de ce chaitya, qui est la plus ancienne grotte d'Ajanta, ont été par endroits couvertes de graffitis (pour certains postérieurs à la découverte des grottes en 1819).

Ces peintures sont désormais protégées d'une plaque de verre et un panneau dénonce et décrit ce vandalisme, dans le but probable d'éduquer les visiteurs et de veiller au mieux à la protection future des lieux. Il s'agit d'un exemple des mesures prises pour la conservation de ce site, qui nous est apparu, tout comme Ellora d'ailleurs, très bien tenu et à la hauteur de sa qualité de bien inscrit sur la liste du patrimoine mondial.