Sanctuaire de Mi-Sön
Par Les Cousins Migrateurs, lundi 20 février 2006 à 12:00 :: Vietnam - Sanctuaire de Mi-Sön :: #42 :: rss

Décideriez-vous de vous lever à 5h30 du matin pour effectuer 50 km à deux sur une moto sous une pluie torrentielle et sans casque, tout cela pour aller regarder des vieilles pierres perdues au milieu de la campagne vietnamienne ? Nous l'avons fait. Il faut dire que notre dévouement aux temples, sanctuaires et édifices divers anciens depuis notre arrivée en Asie du Sud-Est nous surprend nous-mêmes. Borobudur, Prambanan, Ayutthaya, Sukhothai, Vat Phou et Angkor auxquels on peut ajouter tous ceux non inscrits par l'Unesco... Croyez-nous, peu nous ont échappé et les visites de monuments bouddhistes et hindouistes sont presque devenues une routine, alors que nous n'avons même pas encore mis les pieds en Inde !

Bien, qu'aimeriez-vous apprendre à propos de Mi-Sön ? Pas grand chose espérons-le, car nous venons de battre notre record de durée de visite avec cette fois... une petite matinée aller-retour compris...! Laissez-nous vous raconter. Tout débute le plus normalement du monde : comme à notre habitude nous choisissons de visiter ce site du patrimoine mondial à l'écart des hordes de visiteurs, donc en évitant dans la mesure du possible les bus touristiques. Nous nous étions renseignés, les tours organisés partent à huit heures du matin de Hoi An pour rejoindre Mi-Sön en une heure environ. Puisque ce site ouvre à 6h30, il nous est donc paru judicieux de partir tôt le matin et d'emprunter le moyen de locomotion le plus courant ici et dont nous avons déjà fait d'heureuses expériences au Laos : la moto-scooter. Nous en louons une à notre hôtel (3 euros pour la journée) et la prenons à 6 heures. "Avez-vous des casques ?", demandons-nous naïvement à la gentille réceptionniste. "Vous n'en aurez pas besoin, pas de soucis". Bon, ça commence bien ; c'est clair elle n'en a pas. D'ailleurs le port du casque au Vietnam est une rareté ; si vous avez la chance de croiser un jour à Hoi An un motard vietnamien avec un casque s'il vous plait envoyez-nous une photo, nous la rangerons avec celles du commerçant égyptien timide, du néo-zélandais n'aimant pas le rugby et du laotien pressé. Bref nous voilà en route dans ce magnifique arrière-pays vietnamien ; nous sommes actuellement en saison sèche, d'ailleurs nous n'avons vu quasiment aucune goutte de pluie durant les deux derniers mois dans cette partie du globe. C'est probablement pour cette raison que nous n'avons pas songé à emporter nos vestes imperméables. Il se sera passé à peine un quart d'heure entre notre départ et les premières gouttes, et peut-être ensuite trente grosses secondes avant que ces dernières ne se transforment en trombes d'eau. La chance souriant visiblement aux voyageurs trop peu prévoyants, nous traversons juste à cet instant un petit village où nous nous procurons in extremis deux superbes capes de pluie salutaires bien qu'à l'étanchéité limitée... Les derniers 30 kilomètres furent bien pénibles et bien humides.

Le panneau de bienvenue à Mi-Sön, enfin ! Ou plutôt My Son, tel qu'on le voit écrit ici. L'averse aura la délicatesse de s'estomper pendant près d'une heure, peu après notre arrivée, nous laissant ainsi prendre quelques photos pendant la visite sans risquer de noyer notre appareil. Bien, où sommes-nous ? Mi-Sön fut le centre religieux de la capitale du royaume de Champâ, qui vit le jour à la fin du II ème siècle après JC. Le peuple Cham fut rapidement influencé par l'hindouisme, et même si aux alentours du IV ème siècle le bouddhisme séduisit une partie du royaume, c'est bel et bien la religion hindoue (et en particulier le Shivaïsme) qui resta l'inspiration officielle de cette civilisation pendant toute son existence, c'est-à-dire jusqu'au XV ème siècle. Mi-Sön, qui signifie "belle montagne" en vietnamien, se situe dans une vallée à la végétation dense.

Au total, ce sont près de 70 monuments qui furent recensés par l'archéologue et architecte français Henri Parmentier au début du XX ème siècle. Malheureusement la plupart d'entre eux ont été sérieusement affectés ; d'une part par les guerres successives menées par les Chams et par l'occupation Khmère de 1190 à 1220, d'autre part par les bombardements au cours de la guerre du Vietnam. Sincèrement, seul un archéologue averti pourrait selon nous affirmer que l'intérêt de Mi-Sön réside dans la splendeur de ses édifices. A nos yeux, après avoir eu la chance de contempler de somptueux monuments hindouistes à Angkor ou Prambanan, les éléments de Mi-Sön sont vraiment délabrés et bien souvent il faut un oeil attentif pour discerner au milieu d'un tas de pierres ce qui avait dû être autrefois un magnifique sanctuaire. Ne soyons pas trop durs, nous pouvons tout de même par endroits reconnaître le symbolisme hindouiste auquel nous sommes désormais habitués : création de l'univers, tour carrée, plusieurs niveaux,... (cf notre article sur Angkor pour une explication détaillée) ainsi que des éléments incontournables tels que par exemple une statue du taureau Nandi, la monture sacrée de Shiva.

La classification de Mi-Sön par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial est relativement récente puisqu'elle ne date que de 1999. Ces dernières années ont vu la mise en oeuvre de nombreuses missions de restauration. Nous découvrons plusieurs importants chantiers menés par des équipes italiennes ; le travail entrepris est considérable et débouchera, c'est probable, sur un très beau résultat tant le potentiel de ce site est évident.

Pour l'instant, l'atout principal de Mi-Sön est avant tout sa qualité de témoignage historique d'un peuple unique, le royaume de Champâ, qui laissa bien peu d'autres traces d'une telle importance. Si vous voyagez en Asie et que l'archéologie n'est pas l'une de vos compétences premières, nous vous donnerons le conseil suivant, qui n'engage évidemment que nous : un détour par Mi-Sön n'est absolument pas dénué d'intérêt, mais pour ne pas risquer d'être déçu passez-y avant de vous rendre au Cambodge ou en Thaïlande, car les sites hindouistes et bouddhistes que vous y trouverez sont d'une beauté avec laquelle Mi-Sön peut actuellement difficilement rivaliser. Et puis si vous ne voulez pas risquer de devoir précipiter votre visite, emportez un bon parapluie. On ne sait jamais...


Commentaires
1. Le mardi 28 février 2006 à 09:25, par La Fourmi
2. Le mardi 28 février 2006 à 21:33, par Christiane
3. Le dimanche 30 avril 2006 à 05:11, par Laurent
4. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:30, par Michel
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.