Sites fossiliferes de Naracoorte
Par Les Cousins Migrateurs, samedi 15 octobre 2005 à 03:00 :: Australie - Sites fossiliferes de Naracoorte :: #29 :: rss

Sur la route qui nous conduit à Melbourne depuis Adélaïde, un détour s'est imposé par Naracoorte ville d'Australie Méridionale. Si la région s'illustre par ses immenses troupeaux de moutons et de bovins paissant sur ses terres planes en bordure de littoral et également par ses vignes, ces sont des sites fossilifères qui ont guidé nos pas jusqu'ici. A 12 kilomètres au sud-est de la ville, le Parc National des caves de Naracoorte est le seul site classé au patrimoine mondial de cet état Australien. Les éléments à visiter étant éparpillés à différents endroits nous commencerons notre visite par le très ludique Wonambi Fossil Center.

Pour les néophytes que nous sommes en matière de paléontologie, ce bâtiment / musée a l'énorme avantage de présenter une reconstruction échelle 1 de l'écosystème établi dans la région il y a 200 000 ans, où des animatronics des animaux aujourd'hui disparus font de cette expérience un moment très sympathique ou la connaissance se mêle sympathiquement à l'expérience ludique. On peut donc observer des reconstructions pour la plupart animées d'une douzaine d'animaux dont le Kangourou Géant (presque 3 mètres de haut!), le Tigre de Tasmanie, le Marsupial Elephant (le plus imposant des marsupiaux australien éteint avec un poids de 2 à 3 tonnes), le Grand Serpent Arc-en-ciel (un constrictor de presque 5 mètres de long) et le Marsupial "Lion", imposante créature premièrement apparentée à la famille des chats (d'où son nom puisque sa taille flirte avec le mètre cinquante de long) puis finalement à celle des Wombats (rongeurs australiens ressemblant à de gros rats dodus) à la lumière d'études plus récentes. Ces reconstructions sont l'oeuvre de paléontologistes qui après avoir découvert des squelettes plus ou moins complets, associent les os trouvés, recréent la musculature de l'animal (grâce aux informations laissées par les tendons, les muscles et les ligaments sur les os) avec l'aide des sculpteurs travaillant la glaise, et finalisent l'animal (grâce à des extrapolations d'animaux de même famille toujours observables de nos jours) avec la fourrure, les yeux, les oreilles etc.

C'est également dans ce premier bâtiment d'exposition que nous apprendrons comment les fossiles que nous observerons plus tard se sont retrouvés capturés dans ces caves conservatrices. Certains animaux utilisaient ces caves pour y vivre et une fois décédés leurs os se retrouvaient prisonniers des sédiments accumulés au fond des grottes. Certaines entrées des caves naturelles sont des puits et malheureusement pour eux certains grands (et lourds) herbivores tels que le kangourou géant tombaient dans ces pièges naturels et y mourraient. Certains prédateurs d'ailleurs comme le grand serpent arc-en-ciel faisaient sûrement souvent des incursions dans ces gardes mangers attirés par les cris des animaux prisonniers mais n'y vivaient pas forcement (un serpent comme celui là, animal à sang froid doit rester au soleil pour vivre et ne peut s'établir dans l'obscurité de ces grottes). Certains autres prédateurs comme le diable de Tasmanie (existant toujours... uniquement en Tasmanie de nos jours) utilisait ces grottes comme habitat permanent et y amenaient leurs proies, les os rongés s'accumulant peu à peu sur le sol...

Après ces sympathiques leçons il est temps pour nous de nous diriger vers les grottes et caves pour observer cela dans le milieu naturel. Un premier parcours sans guide dans une Wet Cave (cave humide, 90% d'humidité et 17 degrés quand le thermomètre flirte avec les 30 dehors) nous révèle la beauté de ces espaces souterrains à la faveur il est vrai d'une mise en scène très soignée. Les opalescences des stalagmites et stalactites sont délicatement mises en valeur par des lumières en contre jour, les plafonds ouvragés par la chimie de l'eau ruisselante nous sont révélés par un jeu de spots subtils etc. A quelques kilomètres du bâtiment principal nous visitons Victoria Cave qui est la plus célèbres des environs car elle recèle le plus grand nombre de fossiles observables et reste toujours sujette à des fouilles archéologiques. Karina notre guide pour cette cave distille avec passion son amour des lieux. Professeur et guide à la fois elle est intarissable sur les explications et l'histoire de cette cave. Une toute petite portion seulement était connue depuis le milieu du XIXème siècle et depuis le début des années 1970 de nombreuses expéditions spéléologiques ont révélé un ensemble souterrain complexe de presque 4 kilomètres de galeries !

A peu près un dixième de cet ensemble est révélé actuellement au public car de nombreux boyaux ne sont encore accessibles qu'à des équipes chevronnées à même de ramper 20 mètres sous terre dans un tunnel de parfois moins de 50 centimètres de haut ! Notre visite sera beaucoup plus facile et les Australiens savent très bien accueillir même dans les endroits les plus étonnants. Par exemple toute la visite est faisable en fauteuil roulant à la faveur de rampes d'accès qui sillonnent entièrement toute la Victoria Cave. Karina nous donne de nombreuses explications sur les formations des stalactites et stalagmites mais les fossiles sont inévitablement et pour notre plus grand plaisir le haut fait de cette visite. Actuellement des paléontologues fouillent une zone de 50 mètres de long sur 20 de large et ont déjà mis au jour des spécimens représentant 93 espèces de vertébrés, allant de minuscules grenouilles à des marsupiaux géants comme le Marsupial "Lion" ou le Kangourou "à petit museau" et des exemples merveilleusement préservés de la mégafaune australienne de I’époque glaciaire.

Cette cave offre un écrin de conservation idéal pour les squelettes et c'est une des raisons pour lesquelles l'Unesco a classé ce lieu au Patrimoine mondial en 1994. Pour exemple certains os très très fragiles (ceux des cavités nasales des kangourous) et généralement réduits en poussière après plusieurs dizaines de milliers d'années sont impeccablement conservés sur les spécimens issus de Victoria Cave. Cette cave étant "sèche" (entendez non inondée comme de nombreuses cavités souterraines) depuis presque un demi million d'années ces fossiles révèlent 170 000 ans d'histoire et les plus récents sont contemporains de l'homme aux alentours de 18 000 ans environ. Cela permet d'avoir des analyses intéressantes sur les influences humaines ou les changements climatiques de l'époque. Nous observerons également une autre zone de fouilles où une étudiante en paléontologie a poursuivie une thèse pendant 4 ans, mettant à jour de nombreux fossiles. Les collections conjointement mises à jour sur les différents chantiers aident sans nul doute à comprendre mieux aujourd'hui, d'une part un écosystème ayant régné entre - 200 000 et -18 000 ans et d'autre part les interactions entre les premiers hommes de l'époque et cet environnement. Les grottes de Naracoorte présentent enfin un intérêt pour la qualité exceptionnelle des fossiles trouvés en ces lieux, des études ADN pouvant être beaucoup plus fructueusement menées sur ces spécimens issus de ces caves plutôt que sur ceux retrouvés en marécages, lacs ou dunes et moins bien conservés.


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