Les monuments de Nubie d'Abou Simbel à Philae
Par Les Cousins Migrateurs, samedi 28 mai 2005 à 17:31 :: Egypte - Les monuments de Nubie d'Abou Simbel à Philae :: #12 :: rss

La Nubie s'étend de la première chute du Nil (ou cataracte), au Sud d'Assouan, jusqu'à la quatrième cataracte, actuellement au Soudan. Sa partie égyptienne va donc d'Assouan à Abu Simbel, région dans laquelle s'étend le lac Nasser. La construction du premier barrage d'Assouan, en 1902, inonda les rives du Nil et obligea un grand nombre de Nubiens à l'exode. Lorsque le Président Nasser décida au milieu du XXe siècle de mener le projet du grand barrage d'Assouan, ce furent tous les sites archéologiques de la région qui se virent menacés par les eaux du fleuve. En 1960, l'Unesco lance un appel à la communauté internationale pour recueillir les fonds nécessaires au déplacement des monuments nubiens ; 51 pays cotisèrent et 14 temples et monuments furent ainsi sauvés. Les plus célèbres d'entre eux sont le temple de Ramsès II à Abou Simbel et le sanctuaire d'Isis à Philae. Nous visitons dès le jour de notre arrivée à Assouan le temple de Philae ; situé sur l'une des petites îles du Nil, on y accède par bateau en quelques minutes. Abdullah, notre guide, fut archéologue pendant 5 ans et participa à ce titre à plusieurs travaux d'excavation dans la région. Il nous explique que la construction des deux barrages successifs avait presque entièrement noyé l'ensemble; on observe d'ailleurs dans la partie supérieure du temple, la marque laissée par le niveau de l'eau à l'époque. Il aura fallu 8 années de travail, de 1972 à 1980, pour qu'on le déplace intégralement de son île originelle noyée à une autre distante de 300 m, plus haute et donc au sec, avec une précision et un soin admirables. L'état de conservation de ce temple, construit au IIIe siècle avant JC et dédié à la déesse Isis (mère universelle, l'une des déesses les plus importantes de l'antiquité égyptienne), est tout simplement stupéfiant, même si malheureusement les couleurs des murs ont été effacées par l'eau du Nil comme nous le précise Abdullah. C'est la première fois que nous voyons en vrai des hiéroglyphes et bas reliefs égyptiens et c'est un choc assuré tant la synthèse artistique-didactique est réussie. Les bas reliefs sont d'une finesse incroyable, des détails comme les abdomens des personnages doucement bombés semblent pleins de vie. Malgré ou grâce aux simplifications anatomiques choisies volontairement (Visage toujours de profil, buste de face, bras et jambes de profil) les dessins sont d'une clarté et d'une compréhension évidente pour celui qui les regarde. Une fois renseignés sur les identités des personnages présents, les histoires et attitudes gravées se décryptent avec bonheur grâce à l'aide d'Abdullah et l'on plonge au coeur de l'histoire de ce temple.

De cet ensemble de monuments classés par l'Unesco nous avons pu également visiter Abu Simbel. Au même titre que le temple de Philae, le grand temple de Ramsès II et le temple d'Hathor (ou temple de la Reine Néfertari) ont été sauvé des eaux du Nil par la formidable campagne lancée par l'Unesco. Ils ont été déplacés pierre par pierre au sommet même de la falaise dans laquelle ils avaient été creusé, quelques 60 m plus haut. Techniquement ces deux temples qui ont été les premiers sauvés par la mission, ont été découpés en blocs de 15 tonnes chacun après déblaiement de 310 000 tonnes de roche, numérotés et replacés dans une montagne artificielle. Ramsès II n'a pas fait construire ce temple haut de 20 m et profond de 65 pour une divinité quelconque mais à sa propre gloire. Les quatre colosses extérieurs le représentent jeune puis âgé tandis que l'intérieur du temple richement orné de bas reliefs et de scènes polychromes relatent ses batailles, ses conquêtes ou des offrandes. Le temple de la Reine a été construit par Ramsès II à la gloire de son épouse Néfertari et accessoirement encore à la sienne, tant le pharaon est présent dans l'édifice, quatre des six statues extérieures le représentant ! L'intérieur du temple est quand à lui parfaitement conservé et nous présente de nombreux bas reliefs et scènes polychromes...

Tout serait au mieux dans le meilleur des mondes sur le site d'Abu Simbel si tous les effets négatifs du tourisme de masse en étaient absents. Déjà l'obligation de convoi (encadré par la Police pour de raisons de sécurité anti-terroriste) pour accéder au site fait que des centaines de visiteurs se ruent à la même heure vers les temples, ceci étant allié au fait que dès 9 heures la chaleur est écrasante et que la beauté des lieux se révèle tôt dans la matinée.
Déjà il faut passer le véritable barrage de vendeurs sur 200 m avant d'accéder à l'entrée, là un guide arrivé de nul part, embarque deux groupes d'un coup et dans un monologue plus rapide que celui d'un présentateur sportif nous crache littéralement au visage l'histoire du temple de Ramsès II, la signification des statues extérieures et intérieures (en nous montrant à la volée des cartes postales car les guides n'ont pas accès dans les temples, cela causerait des bouchons de touristes nuisibles à la rentabilité comprenez vous), son sauvetage et même procédure pour le temple de la Reine et ce sans même prendre la peine d'aller devant...

Il finira par un superbe "il vous reste 50 minutes pour tout visiter par vous même car à 8 h 30 vous devez tous être sortis de l'enceinte" ! A bon entendeur.... Dans les temples on retrouve d'autres effets négatifs du tourisme plus surprenants. Au XIX ème siècle, les rares visiteurs gravaient (!!) leurs noms sur les statues ce qui a finalement altéré l'ensemble. Aujourd'hui dans les salles le flash est interdit pour les photos (ce qui est tout a fait normal pour la préservation des pigments colorés) mais avec l'explosion des appareils numériques dont les gens ne savent pas se servir et en débrayer le flash, tous les appareils doivent être rangés ! Quelques Egyptiens traquent l'amateur d'image sans distinction et tant pis si comme nous il sait se servir de son appareil. Bref on se fera réprimander pour déroger à la règle imposée, règle renforcée par les guirlandes de cartes postales souvenir dont notre guide nous a vanté la qualité et le prix "spécialement négocié"!
Sans compter qu'on vous pousse et bouscule dans les temples, que l'on passe à coté de la compréhension des scènes gravées et peintes faute de guide et qu'au dehors essayer de prendre une photo de l'ensemble sans une cinquantaine de touristes en short posant tour à tour pour la postérité devant Ramsès II tient du challenge. Il faut de la chance et de la patience pour réussir cet exercice (pas évident quand on doit tout expédier en moins d'une heure même si le site n'est pas étendu) !!!
Bref sentiment plus que mitigé au regard de cette visite, temples magnifiques et heureusement sauvés des eaux du Nil par la mission Unesco mais tourisme bien laid. Faute de temps et d'explications on aura survolé le site d'Abu Simbel, on en restera très impressionné mais pour ce qui est d'une appréciation mûrie dans le calme, la sérénité nécessaire pour laisser la magie des lieux opérer il faudra repasser.

Commentaires
1. Le vendredi 19 janvier 2007 à 09:15, par bibout67
2. Le mercredi 21 février 2007 à 15:14, par Lubéra13
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