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Aminata Sow Fall lit le célèbre poème de Léopold Sédar Senghor.

Lire le texte du poème "Femme noire"
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Aminata Sow Fall parle comme elle écrit, avec justesse. Chaque mot prononcé, chaque silence entre deux phrases sont porteurs de sens. Cette grande dame est l’un des écrivains les plus célèbres du Sénégal. Presque tous ses livres sont ou ont été au programme des lycées et des universités en Afrique, mais aussi dans le monde francophone ou anglophone. Auteurs de nombreux articles et de conférences, notamment sur le rôle des femmes dans la culture et la littérature, elle fut directrice des Lettres et de la Propriété Intellectuelle au Ministère de la Culture au Sénégal, fondatrice du Centre Africain d’Animations et d’Echanges culturels, du Bureau Africain pour la Défense des Libertés de l’Ecrivain, du Centre International d’Etudes, de Recherche et de Réactivation sur la Littérature, les Arts et la Culture et s’est vue décernée de nombreuses décorations. Et pourtant… Aminata Sow Fall conjugue honneur et gloire au même temps qu’elle conjugue histoire personnelle et écriture, le temps du recul. Un recul qui lui permet d’absorber les événements, de les intégrer comme faisant partie d’elle-même, dans son existence de femme sénégalaise et africaine. Elle nous donne ici quelques impressions sur sa vision de la vie.

Le bonheur :"Ce n’est pas un concept absolu que l’on peut définir pour tout le monde. Pour ma part, le bonheur, c’est quand je me sens libre, quand je peux vivre ma dignité dans mon intégrité physique, morale et intellectuelle et quand je reconnais cette liberté à l’autre. Quand on arrive à cela, on peut tout réussir dans la vie".

La francophonie :"J’y suis entrée naturellement quand j’étais jeune et que j’ai fréquenté l’école française. Ce n’est pas pour moi une expérience douloureuse, ni un objet de déchirement. Ma langue maternelle, le wolof n’était à l’époque ni transcrite, ni écrite, le français était donc mon outil de communication. Une fois adulte, j’ai réfléchi à la question et je me suis dit que ça faisait partie de mon histoire. Je l’ai intégré comme une grande partie de la communauté sénégalaise . Ca m’a permis de m’enrichir. C’est comme cela que je vis la francophonie, sans théorie. Comme Cheikh Amadou Bamba – fondateur de la confrérie mouride au Sénégal – a intégré l’arabe sans renier ses origines".

La famille :"Pour moi, elle est sacrée . Je ne serais pas devenue ce que je suis sans elle. C’est un lieu d’équilibre et de bonheur. C’est inhérent à l’être humain d’avoir, un nid, un berceau, un bercail".

La franchise :"C’est le trait de caractère que je préfère. Il est difficile à cultiver car il n’est pas toujours compris. Une chose est sûre, c’est seulement quand on est franc avec soi-même qu’on peut l’être avec les autres. Et puis la franchise aide à faire surgir la vérité et la vérité finit toujours pas triompher".

Les regrets :"Je n’ai pas de regrets. Ce n’est pas dans mon caractère. C’est sans doute lié au fait que je ne suis pas quelqu’un qui se bat avec passion pour obtenir quelque chose. J’ai seulement des aspirations. Quand je veux écrire un roman, je l’écrit mais je ne vais pas me battre pour qu’il soit publié ou qu’il ait du succès. Je soumets juste mes ambitions à Dieu et je me mets à travailler".

La foi :"Dieu a pour moi une dimension suprême qui implique la tolérance. Et quand on vit sa foi avec sincérité et dignité, la tolérance n’est jamais très loin. Et la dignité humaine est le combat de toute ma vie."

 
 
les 10 dates de la vie d’Aminata Sow Fall
27 avril 1941 : naissance à Saint-Denis du Sénégal
Octobre 1962 : Premier voyage à l’étranger, découverte du monde et de Paris
30 mars 1963 :"Pour définir les étapes de la vie au Sénégal, on parle de rites de passage. Cette date en est un car c’est le jour de mon mariage".
Avril 1973 : Elle termine son premier roman,"Le revenant"
Mai 1979 : Parution de"La grève des battu"."C’est une étape importante car c’est un livre qui me projette alors sur la scène internationale. Il est traduit dans de nombreuses langues étrangères telles que le chinois, l’allemand ou le finnois".
Décembre 1979 : Elle quitte l’enseignement pour prendre la direction des lettres et de la propriété intellectuelle au ministère de la Culture. Elle reste 10 ans à ce poste.
1987 : Elle crée le Centre Africain d’Animation et d’Echanges Culturels
Mai 1997 : Elle reçoit le grade de Docteur honoris causa d’une université du Massachussets en même temps que Madeleine Albright.


Mai 2000 : Adaptation cinématographique de son roman"La grève des battu"qui avait déjà été adapté pour le théâtre. Le scénariste est américain, le producteur est français, les acteurs sont américains et africains.


Le dernier livre d’Aminata Sow Fall
Editions Le Serpent à Plumes, collection motifs
Ce cinquième roman nous plonge dans la complexe mémoire africaine, tissée autour du chant, le chant qui célèbre les lignées des héros antiques, des bâtisseurs et des grands guerriers. L’enjeu de la mémoire, c’est la place qui revient aujourd’hui à chacun au sein de la société. Mais le tissage peut être aussi déchiré par l’intrusion du monde"moderne"qui suit les Indépendances… Un foisonnement de personnages, de temps, de castes, et partout, toujours, les mots qui figent ou qui brisent. Narrations et dialogues, paroles de griots, de femmes, de chefs nous emmènent en procession jusqu’au jujubier du patriarche où devra s’accomplir la renaissance. A noter pour les amateurs, la ressortie au Serpent à Plumes en mars 2001 de l’un des plus célèbres ouvrages d’Aminata Sow Fall"La grève des battu", où l’auteur imagine que les mendiants de la ville, lassés d’être persécutés par le pouvoir, feraient grève, refusant d’aller mendier. Or tout bon musulman se devant de faire des offrandes, la vie devient vite impossible. Un grand classique de la littérature africaine dont le réalisateur Cheick Oumar Sissoko a tiré un film"Battu", avec Isaach de Bankolé, présenté en octobre dernier lors du 15ème festival du film francophone de Namur.

Extrait du"Jujubier du patriarche":
"Sur le banc public, dans un petit jardin rectangulaire qui ne méritait plus son nom. Les parterres de gazon avaient laissé la place depuis belle lurette à des carrés de terreau piqués çà et là de quelques touffes d’herbes brûlées par le soleil. Tout autour, des acacias à distance égale. Leurs branches touffues formaient une voûte au-dessus des bancs jadis peints en vert. Malgré les détritus partout éparpillés, Yelli trouvait l’endroit agréable parce que, de son banc, il pouvait apercevoir sa maison –celle des jours fastes- et se réconforter de l’idée que tout n’était pas perdu. Au-delà de ces considérations sentimentales, le"jardin"l’attirait par la paix intérieure qu’il lui procurait et pour la sécurité qui y était assurée contrairement à d’autres lieux du même genre où des désoeuvrés de toutes sortes installaient leurs quartiers, s’adonnaient à des jeux interdits, fumaient le chanvre indien ou consommaient d’autres drogues en attendant l’occasion de faire les poches à quelque promeneur distrait.
Le havre de tranquillité après les foudres de Tacko. L’île-miracle des bouffées d’air salutaires pour se redire que le bonheur, finalement, est dans les choses simples. Le"jardin": un monde. Un territoire bien délimité où chacun respecte et protège le domaine de l’autre. Rien que des habitués. A un angle, deux bancs pour des pères de famille à la retraite. Ils sont friands de commentaires sur la rumeur, l’actualité et la politique. Ils ne dédaignent pas de chuchoter quand passent de belles femmes à la croupe généreuse."Ey paa yi ! disaient certaines jeunes, bëgg na nu lu neex de !"(ces vieux aiment le plaisir).
A l’autre bout, un libraire"par terre"(étal de publications à même le sol). Il avait été chassé de là à plusieurs reprises par les services municipaux qui estimaient sans doute qu’il n’avait pas sa place dans ce quartier de riches où les villas cossues constituaient un tableau architectural incroyable dans sa diversité : du soudano-sahélien, du baroque, du byzantin et aussi du moderne. Pourtant l’ensemble dégageait un air d’harmonie soutenu par la verdure plus luxuriante que dans le"jardin", par les couleurs et par le ciel.
Yelli avait porté son choix sur un banc du milieu, dans le sens de la longueur. De là, il s’offrait la mimique des vieux retraités, et ça l’amusait. En tournant la tête à droite, il pouvait compter le nombre de passants ou contempler le tapis bariolé que le libraire"par terre"avait composé grâce à une multitude de publications. L’étal, malheureusement pour lui, ne restait pas longtemps intact : d’honorables messieurs, des dames pimpantes et de nombreux toubabs sortaient de leurs villas somptueuses pour acheter ou échanger livres, romans policiers, presse sous toutes ses formes, au grand bonheur d’Amath. Il ne savait ni lire ni écrire mais menait son affaire plutôt bien. Yelli s’en réjouissait car, très vite, il avait sympathisé avec cet homme affable et débrouillard. Il admirait sa candeur et la sérénité qui l’habitait au point que jamais il ne faisait grise mine quand les retraités envahissaient son étal pour emprunter le journal afin de satisfaire leur curiosité sans rien débourser, avant de démarrer les discussions du jour.
Régulièrement, des bandes de jeunes adolescents des quartiers populaires situés pas très loin venaient étancher leur soif de lecture : bandes dessinées, magazines pour adorer leurs dieux du sport ou du show-biz. Toujours gratuitement, sauf quelquefois où le désir irrésistible de s’approprier l’article les poussait à laisser quelques pièces dans la main d’Amath en promettant de compléter plus tard. Ce dernier faisait semblant de grommeler et tout se terminait par un contrat verbal de dette payable quand l’adolescent deviendrait"quelqu’un".
Pressentant des affinités bien au-delà de la cordialité née d’une simple rencontre, Yelli avait un jour demandé à Amath ses origines. Ils furent tout surpris de découvrir que leurs lointains ancêtres étaient de la même région. En fouillant dans le temps et en exhumant des souvenirs, ils crurent avoir décelé des liens de parenté et se considérèrent comme des cousins. La plaisanterie pouvait prendre place…

 

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