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Les Athéniens sous l'oeil des caméras de "Big Brother"

Le dirigeable survole l'ancien temple de Zeus,
dans le centre d'Athènes

ATHENES (AFP) - 02/08/2004 09h07 - Le dirigeable, munis de caméras à haute résolution, qui survole désormais la capitale grecque est devenu le symbole le plus visible de l'intense surveillance à laquelle seront soumis les Athéniens pendant les jeux Olympiques et Paralympiques, quitte à rappeler à certains le "Big Brother" du célèbre roman de George Orwell, "1984".

Avec un sens de l'ironie typiquement grec, certaines radios de la capitale se sont même mises à rediffuser le tube d'Alan Parsons "The eye in the sky" (L'oeil dans le ciel).

D'autres se sont gaussés du tour qu'Eole, le dieu des vents, a joué à la police en empêchant pendant deux jours le décollage du dirigeable pour ses premiers tests.

C'est à cette occasion que l'on a appris qu'il ne pouvait prendre l'air par plus de 5 sur l'échelle Beaufort, alors que le mois d'août, pendant lequel se dérouleront les Jeux, est réputé pour ses vents particulièrement forts sur la capitale grecque. Une polémique s'en est suivie sur le coût -non public, mais chiffré à plusieurs millions d'euros- jugé exorbitant par rapport à la fiabilité de l'engin.

Le dirigeable high tech survole Athènes

Ce dirigeable "mouchard", long de 52 m, gonflé avec 6000 m3 d'hélium peut voler 16h00 sur 24 à une altitude située entre 1200 et 3400 mètres. En plus de ses caméras, il dispose également de détecteurs anti-attaques chimiques.
Dirigé par un équipage d'une dizaine de personnes, dont des policiers grecs spécialement formés, le ballon est capable de fournir des images très précises de tout objectif jugé suspect.

Mais, souligne la police, le dirigeable n'est qu'un élément parmi d'autres de tout un maillage de surveillance mis en place pour les Jeux, avec notamment l'installation de plus d'un millier de caméras dans les rues de la ville et celles embarquées sur les hélicoptères de la police.
Perchées sur de hauts mâts en béton de 12 à 15 mètres, des caméras reliées au centre de commandement de la police pour les Jeux surveillent elles aussi les faits et gestes de tous ceux qui circulent dans la capitale.
Relativement mobiles, elles peuvent lire les numéros des plaques d'immatriculation des voitures. Mais certaines ont également des micros qui peuvent détecter des coups de feu ou des explosions.

Le ministre de l'Ordre public Georges Voulgarakis souligne cependant que la plupart de ces caméras sont destinées à permettre "une bonne gestion de la circulation (...) et non pas à la surveillance" des gens et le dirigeable est "complémentaire, mais pas nécessaire" au dispositif.
En outre, certains limites ont été apportées à leur usage: interdiction de filmer une personne entrant dans une maison privée ou d'enregistrer des conversations privées pour les caméras munies de micros... Mais tous les Grecs ne sont pas rassurés.

Cinq ONG grecques, dont la Ligue nationale des droits de l'Homme et la section grecque d'Amnesty International, ont dénoncé lundi les menaces que font, selon elles, peser sur les libertés individuelles les mesures de sécurité olympiques et ont réclamé leur levée à l'issue des Jeux.
Même inquiétude à la Confédération générale des travailleurs de Grèce (GSEE), le principal syndicat du pays, qui a appelé les autorités à garantir le respect des libertés, assimilant tout ce dispostif à "l'oeil de Big Brother".
La GSEE demande au gouvernement et à l'Autorité indépendante de protection des données sensibles "de garantir qu'il n'y aura aucun abus" dans leur utilisation.

Certains vont cependant plus loin. Mardi dernier, un groupe de quelques dizaines de personnes proche de la mouvance anti-Jeux s'est livré au sabotage en plein jour de l'une des caméras de sécurité. Un jeune manifestant a grimpé sur une échelle puis barbouillé de noir son objectif pendant que d'autres sectionnaient les câbles au pied du pilier. La police n'est pas intervenue et aucune poursuite n'a été engagée.
Quelques jours plus tôt, un interlocuteur se réclamant d'un groupe ayant pour nom "Les enfants de George Orwell" avait revendiqué dans un appel à un journal grec la destruction d'une autre caméra dans le quartier d'Ano Patissia
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© 2004 AFP